Voix off — Prologue de scène
« Oman n’est pas un pays que l’on traverse — c’est un pays que l’on écoute. Les montagnes y parlent plus que les villes. »

Nous avions gardé Oman pour la fin, comme on garde une lettre qu’on n’ouvre pas tout de suite. C’est un pays que les tour-opérateurs n’ont pas encore su découper en rondelles photogéniques, et qui continue, discrètement, à ressembler à ce qu’il est : un sultanat de roches, de dunes et de maisons blanches, peuplé de gens qui saluent la main sur le cœur et qui, quand ils demandent d’où vous venez, écoutent vraiment la réponse. Nous y sommes arrivés en février MMXXVI, par un vol de nuit depuis Dubai, avec deux sacs, trois cartes papier et l’intention nette de ne pas écrire un article de plus sur Wahiba Sands. Nous avons tenu un peu, et puis nous avons cédé — parce qu’on ne triche pas avec le désert quand on l’a vu.
Six plans, six régions — ce que la Bobine IX contient vraiment
Oman n’est pas un pays qu’on fait en une seule boucle. Les distances sont trompeuses : Mascate est au nord, Salalah à la pointe sud, et entre les deux, mille kilomètres de désert dont une bonne partie ne tient plus debout sur les cartes de location. Nous avons structuré la Scène IX en six plans qui, lus dans l’ordre, dessinent un pays complet ; lus séparément, chacun tient son voyage.
Le premier plan est la grande descente — Mascate vers Salalah par la côte — mille quarante-deux kilomètres en six jours, un long test de patience et de réserve d’eau. Le deuxième, Wahiba Sands, est le plan signature de notre film : cent quatre-vingts kilomètres de Mascate, une piste qui se perd, une nuit bédouine et un silence qu’on entend. Le troisième, Jebel Akhdar et Jebel Shams, monte à près de trois mille mètres : terrasses de roses d’un côté, grand canyon d’Arabie de l’autre. Le quatrième, Musandam, se prend depuis Dubai — c’est l’enclave omanaise du détroit d’Ormuz, trois cent vingt kilomètres pour des fjords qu’on ne croit pas. Le cinquième, côte de Sur et Ras al-Jinz, est le plan maritime : wadi, boutres, tortues. Le sixième, Nizwa et les villages de l’intérieur, est la boucle courte et douce qui referme tout.
Oman se conduit à voix basse : on y parle moins fort qu’ailleurs parce que les paysages y parlent plus clairement.
Le véhicule, pour cette bobine, n’est pas négociable. Nous recommandons un Toyota Land Cruiser 76 — ou à défaut un Mitsubishi Pajero, un Nissan Patrol, un Land Cruiser Prado. Les compactes tiennent sur la N°32 jusqu’à Salalah si l’on ne s’écarte pas du bitume, mais elles échouent dès qu’on entre dans les dunes, dans les pistes du Jebel Shams ou dans la remontée vers le Saiq plateau — la police omanaise le sait, et refoule purement et simplement les deux-roues motrices au contrôle de Birkat al-Mouz, à l’entrée du Jebel Akhdar. Nous avons loué chez un loueur de Mascate — un Land Cruiser 76 gris poussière — à 55 rials omanais par jour, assurance incluse, kilométrage illimité, et le plein à rendre plein. C’est la formule honnête du pays : pas de marchandage, pas de frais cachés, pas de dépanneuse qui met trois heures.
Liste des VI plans de la Bobine IX
La Scène IX se lit dans l’ordre du film, mais chaque plan peut se regarder seul. Nous avons placé Wahiba Sands en position 02 parce que c’est le plan qui porte la bobine ; nous avons gardé Nizwa en 06 parce que c’est lui qui porte la fin du film.
- Plan 01 — Mascate → Salalah par la côte — 1 042 km, six jours, la grande descente sur la N°32 jusqu’au Dhofar. Les stations-service se font rares après Duqm, la radio cesse, et Salalah sent déjà le frangipanier en février.
- Plan 02 — Wahiba Sands — Nuit dans le désert — 180 km depuis Mascate, une piste qui se perd après Bidiyah, un bivouac bédouin et une nuit où le ciel rend la parole. C’est le plan signature de la bobine et du film tout entier.
- Plan 03 — Jebel Akhdar et Jebel Shams — 300 km, trois jours, deux montagnes : Saiq plateau à 2 980 m aux terrasses de rosiers, Jebel Shams à 3 009 m au-dessus du gouffre d’Al Nakhr. Le grand canyon d’Arabie tient dans un seul regard qui ne tient pas debout.
- Plan 04 — Musandam — Fjords d’Arabie — 320 km aller-retour depuis Dubai, l’enclave omanaise du détroit, un dhow en bois sur les fjords et la montée du col de Jebel Harim en 4×4. Une parenthèse administrative, une parenthèse géographique.
- Plan 05 — Côte de Sur et tortues de Ras al-Jinz — 280 km par la Route 17, le Bimah Sinkhole, la randonnée de Wadi Shab, les chantiers de boutres de Sur et, la nuit, les tortues de Ras al-Jinz qui remontent de la mer comme d’un sommeil.
- Plan 06 — Nizwa et villages de l’intérieur — 260 km en boucle, Nizwa et son fort rond, Misfat al-Abriyeen accrochée à la roche, Al Hamra d’argile, Bahla et son rempart. C’est le plan qui ferme le film — et, avec lui, les vingt-et-un mille kilomètres de la pellicule.
Cross-références
Oman ne se lit pas sans ses voisins de bobine. Trois entrées du film se tendent la main par-dessus les cartes.
- Émirats arabes unis — Bobine VIII — le grand frère du nord, relié à Oman par la route de Hatta et par l’enclave du Musandam. Les deux pays ne se ressemblent pas, mais ils se répondent — Dubai la verticale contre Nizwa l’horizontale.
- Jordanie — Bobine VII — cousin désertique à l’autre bout du Rub al-Khali. Petra répond à Nizwa, Wadi Rum répond à Wahiba Sands, deux langues arabes qui se comprennent sans se parler.
- Maroc — Bobine IV — le parallèle de l’autre côté du grand arc. L’Atlas répond au Jebel Akhdar, l’Erg Chebbi répond à Wahiba Sands : deux versions du même désert qu’on ne doit jamais confondre.
- Conduire dans le désert — notre carnet technique transverse. À lire avant la Plan 02 et la Plan 03 : pneus, réserve d’eau, GPS, ce qu’on emporte quand la piste n’existe plus.
- Louer une voiture haut de gamme — pourquoi, à Oman plus qu’ailleurs, le surcoût du Land Cruiser se rembourse dans la première heure de piste.
— Fin du carton de scène. Bobine IX : dernière pellicule avant la fin du film.