Voix off — Prologue de scène
« L’Égypte, au volant, demande patience et clignotant — les deux se perdent facilement entre Le Caire et Louxor. »

Nous avons tourné la Bobine VI entre décembre MMXXV et janvier MMXXVI, en deux passes. La première suit le Nil, du Caire à Louxor, puis rejoint la Mer Rouge par Qena. La seconde attaque le désert occidental par Bahariya, puis bascule vers le Sinaï via Suez et le tunnel d’Ahmed Hamdi. Quatre plans, un peu plus de 2 000 kilomètres cumulés, et un pays qui nous aura obligés, plus qu’aucun autre, à desserrer notre emploi du temps et nos certitudes de conducteurs.
Avertissement — conduire en Égypte
Nous devons une précision au lecteur : conduire en Égypte est plus difficile qu’au Maroc, qu’en Tunisie et qu’en Jordanie. Nous le disons calmement, parce que c’est la vérité de la route, et parce que nous préférons que vous partiez prévenus plutôt que surpris. La signalisation est erratique, la priorité s’invente au klaxon, les feux sont des suggestions plus que des ordres, et la nuit, une partie non négligeable des véhicules roule sans phares — par économie de batterie ou par habitude, nous n’avons jamais compris. Ajoutez à cela, en périphérie des grandes villes, des check-points de police fréquents où l’on vous fera parfois signe de passer et parfois signe d’attendre un quart d’heure sans explication.
Ce que nous conseillons — et ce que nous avons fait, à moitié par prudence, à moitié par fatigue — : confier le volant pour les segments les plus lourds. Entre Le Caire et Louxor, nous avons pris une berline avec chauffeur pour la première journée, puis repris nous-mêmes à partir de Minya. Pour le Désert Blanc, il n’y a pas de choix : il faut un 4×4 et un conducteur local, les pistes ne sont pas balisées et les quelques bornes n’ont pas été repeintes depuis dix ans. Sur la Mer Rouge, en revanche, la route est droite, goudronnée, et nous l’avons conduite seuls sans difficulté. Le Sinaï se conduit aussi, à condition de ne pas rouler de nuit et de respecter les check-points sans impatience.
Conduire en Égypte, c’est accepter de perdre une heure par jour — et de la regagner sur l’émerveillement.
Une dernière note : louez toujours auprès d’une agence qui livre à l’hôtel ou à l’aéroport, avec un contrat en anglais et une franchise clairement chiffrée. L’assurance au tiers légale ne suffit pas ; exigez une couverture complémentaire. C’est le genre de détail prosaïque qu’on regrette de ne pas avoir lu à temps.
Liste des IV plans de la Bobine VI
La Scène VI peut se lire dans l’ordre, ou par fragments. Chaque plan est autonome et correspond à une géographie distincte : la vallée, la côte, le désert, la péninsule.
- Plan 01 — Du Caire à Louxor par la vallée du Nil — 670 km le long du fleuve, deux à trois jours, étapes à Minya et Assiout. C’est le plan cardinal de la bobine — celui qui donne à l’Égypte sa colonne vertébrale et sa mesure du temps.
- Plan 02 — Mer Rouge : Hurghada, Marsa Alam — 400 km de côte aride entre un désert et un bleu profond. Hurghada pour dormir, El Quseir pour respirer, Marsa Alam pour comprendre pourquoi les plongeurs ne rentrent pas.
- Plan 03 — Désert Blanc et oasis de Bahariya — 700 km aller-retour depuis Le Caire, trois jours, une nuit sous tente dans un paysage de craies en champignons. 4×4 et chauffeur local non négociables.
- Plan 04 — Sinaï et monastère Sainte-Catherine — 350 km et trois jours pour la péninsule, Dahab, le monastère, la montée nocturne du mont Sinaï. Le plan le plus intime de la bobine, et sa clôture naturelle.
Cross-références
L’Égypte se lit en relation avec les pays qui la cernent dans notre film. Trois entrées méritent un détour avant ou après.
- Tunisie — Bobine V — le pays qui précède dans l’arc désertique. La route des oasis tunisiennes, Tozeur, Douz : une approche plus douce du désert, un bon sas d’acclimatation avant l’Égypte.
- Jordanie — Bobine VII — le pays qui suit, à une traversée de ferry près. Petra, le Wadi Rum, la mer Morte. Si vous terminez la Bobine VI à Nuweiba ou à Taba, vous êtes à une journée de la frontière.
- Conduire dans le désert — Carnet transverse — notre dossier technique, à lire avant le Plan 03. Pression des pneus, eau par personne, ce qu’on emporte, ce qu’on n’emporte pas.
— Fin du carton de scène. Bobine VI : la vallée, la côte, le sable, la montagne.