Voix off — Prologue de scène
« Les Émirats sont un pays qu’on dit connaître d’avance — puis on emprunte une sortie, et l’on se trouve dans un désert sérieux. »

Nous avions les Émirats en tête comme une image arrêtée : gratte-ciel, marbre blanc, climatisation. Nous sommes repartis avec une autre image — celle d’une E75 qui file vers le sud au petit matin, deux bouteilles d’eau tiède entre les sièges, et la dune rouge de Moreeb en train de s’allumer sous un soleil encore bas. La Scène VIII de notre film, nous l’avons tournée en décembre et janvier MMXXV–MMXXVI, à partir de deux bases : Dubai pour le nord, Abu Dhabi pour le sud. Quatre plans, 980 kilomètres, dix jours qui auraient pu en durer vingt sans que l’on s’en lasse. Les Émirats vus depuis une voiture ne sont pas le pays qu’on croit.
Deux Émirats — l’urbain et le sablonneux
La géographie du pays est plus simple que sa réputation. Une autoroute principale, la E11 — Sheikh Zayed Road — tire un trait de Dubai vers Abu Dhabi puis descend jusqu’à la frontière saoudienne. Sur ce trait, trois quarts de la population, la totalité des photos Instagram, l’essentiel des idées reçues. Autour : un désert qui commence dès qu’on quitte la bretelle. À l’est, les montagnes Hajar et une autre mer, presque oubliée, qui donne sur le golfe d’Oman. Au sud-ouest, une mer de sable qui n’a plus d’adjectif parce que tous ont été utilisés avant — le Rub al-Khali, le Quart Vide, l’un des plus grands déserts purs au monde.
Conduire aux Émirats, c’est habiter cette dualité sans en choisir aucune branche. Le matin sur la E11 à 140 km/h, en fin d’après-midi sur une piste qui épouse une dune à trente kilomètres de la dernière station-service. On passe de la playlist au silence en une sortie de route. Le luxe, ici, n’est pas dans les vitrines ; il est dans la qualité de la lumière sur une crête de sable à six heures du matin, quand personne d’autre ne l’a vue.
Le pays entier tient dans la différence entre deux paysages — l’un fabriqué, l’autre impossible à fabriquer.
Nous avons loué deux véhicules pour cette scène. D’abord une Range Rover pour le couple Dubai-Abu Dhabi — non par coquetterie, mais parce que les longs trajets sur E11 demandent une voiture qui absorbe la vitesse sans fatigue. Ensuite un Toyota Land Cruiser 300 pour Liwa et Hatta — là, le 4×4 n’est pas optionnel, il est la condition même de l’histoire. Compter AED 450–800 par jour selon la saison et le loueur. Nous recommandons de réserver auprès d’une agence qui assume la piste : beaucoup de contrats premium interdisent le hors-bitume en petites lettres.
Liste des IV plans de la Bobine VIII
La Scène VIII se parcourt en dix jours depuis Dubai, en comptant deux nuits à Liwa et une nuit sur la côte est. Chacun des quatre articles se tient seul — on peut les lire dans l’ordre du film ou piocher selon la direction du vent.
- Plan 01 — Dubai à Abu Dhabi au volant — 140 km par la E11, un à deux jours, le transfert que la voiture rend à sa juste mesure. Salik, Darb, Corniche, Grande Mosquée : le premier plan pose la mesure urbaine du pays avant qu’on ne s’en éloigne.
- Plan 02 — Hatta — montagnes et barrage — 260 km aller-retour depuis Dubai par la E44, l’enclave omanaise, le lac du barrage et la route en lacets des Hajar. Un Émirats qu’aucune brochure ne montre parce qu’il n’y a rien à vendre — sauf la vue.
- Plan 03 — Liwa, oasis et Rub al-Khali — 500 km aller-retour, deux jours, une nuit à la lisière du Quart Vide. C’est le plan pivot de la bobine : celui où le désert cesse d’être un décor pour devenir un sujet. Tel Moreeb, dune de 300 mètres, et le silence qui vient avec.
- Plan 04 — Fujairah et la côte est — 180 km par Masafi, Dibba et le golfe d’Oman. L’autre mer des Émirats, celle que les cartes simplifient. Un à deux jours pour fermer la bobine avant de passer à la Scène IX.
Cross-références
Les Émirats sont un sas. À peine les a-t-on quittés qu’on cherche le pays d’en face — et c’est la bonne manière de les comprendre.
- Oman — Bobine IX — le frère aîné, juste derrière la frontière est. Ce que les Émirats racontent en accéléré, Oman le prend le temps de l’écrire. Nous avons conçu VIII et IX comme les deux moitiés d’un même tournage : on rend la clé à Fujairah, on passe Al-Ain ou Khatm al-Shikla, et Mascate est à deux heures.
- Jordanie — Bobine VII — l’autre pôle de l’arc désertique, au nord. Wadi Rum répond à Liwa comme une question ancienne à une question récente : deux manières d’habiter le vide.
- Conduire dans le désert — notre carnet transverse. À lire avant Liwa : pression des pneus, réserves d’eau, trousse de sable. Ce que personne ne dit au comptoir de location.
— Fin du carton de scène. Bobine VIII : huit voies et cinq mille dunes.