Plan 04 · BOBINE VIII · Émirats arabes unis

FUJAIRAH

côte est, golfe d'Oman
[ 05 : 40 : 00 — 05 : 50 : 00 ]
Voix off · Ouverture du plan

« Il y a deux mers aux Émirats, et les cartes tendent à oublier la seconde. »

Distance180 km Durée2 j VéhiculeRange Rover Timecode[ 05 : 40 : 00 — 05 : 50 : 00 ] TournageDécembre MMXXV BobineBOBINE VIII

Voix off — Ouverture du plan

« Il y a deux mers aux Émirats, et les cartes tendent à oublier la seconde. »

Port de pêche de Dibba à l'aube, barques en bois colorées alignées sur une eau plate, mer calme du golfe d'Oman, montagnes Hajar noires en arrière-plan, rendu presque monochrome en teintes graphite

Nous avions quitté Liwa deux jours plus tôt, et il nous restait une journée et demie avant le vol pour Mascate. C’était le moment, pour nous, de fermer la Bobine VIII — et nous voulions la fermer sur un contrepoint. Un contrepoint à la dune, un contrepoint à l’autoroute, un contrepoint à la verticalité de Dubai. Ce contrepoint s’appelle la côte est. Cent quatre-vingts kilomètres de Dubai par les montagnes Hajar, on arrive sur une autre mer — le golfe d’Oman — qui ne ressemble en rien à celle du golfe Persique où flottent les îles artificielles.

Sur les cartes grand public des Émirats, l’est est traité avec une certaine négligence. On y voit Fujairah comme un point administratif, Dibba comme un nom sur une frontière floue, Masafi comme une station-service célèbre pour son eau minérale. Vécu en voiture, c’est un autre pays. Les plages ont du galet et non du sable blanc. Les bateaux sont des dhows en bois qui pêchent vraiment. Et la mer, surtout, n’a pas la couleur standardisée du Persique — elle vire au vert profond, au gris perle, parfois au bleu ardoise. C’est la mer des récifs, pas celle des lagons.

Route par Masafi — les montagnes Hajar en travers

De Dubai à Fujairah, il existe plusieurs routes. La plus rapide est la E611 puis la E88 via Masafi — deux heures si on ne s’arrête pas, trois si on s’arrête un peu. C’est celle que nous avons prise. Sortie de Dubai par Sharjah (qu’on traverse très vite, pas de tour à faire), puis direction Masafi à travers la plaine qui se resserre progressivement. À cinquante kilomètres de la côte, les Hajar se dressent d’un coup — une muraille noire qui semble sortir du sable sans prévenir.

La traversée des Hajar par la E88 est l’un des meilleurs tronçons routiers des Émirats. Vingt-cinq kilomètres de lacets, roche ardoise et rouille, pas de végétation sauf quelques acacias dans les oueds, et une qualité de route comme on en trouve rarement en montagne dans le monde entier. À mi-chemin, à Masafi, petit marché du vendredi (Friday Market) où l’on peut s’arrêter dix minutes pour acheter des dattes fraîches et une poterie grossière — ce n’est pas un chef-d’œuvre touristique, c’est juste l’endroit où les montagnes descendent sur la plaine, et où l’on change d’atmosphère.

À la sortie des Hajar, on débouche sur la plaine côtière — une bande étroite entre les montagnes à l’ouest et la mer à l’est, d’à peine dix kilomètres de large. C’est là que vit la majorité des habitants de l’émirat de Fujairah. Les villages sont simples, les routes larges mais peu fréquentées, et soudain on voit la mer au bout d’une rue qui descend. La première fois qu’on voit la mer sur la côte est, après trois jours de désert, on a un mouvement involontaire. C’est un mouvement qu’on ne fait jamais au bord du golfe Persique.

Dibba — le port, les dhows, le café silencieux

Dibba est la ville la plus au nord de l’émirat — en réalité, Dibba est partagée en trois parts : Dibba Al-Fujairah (émirien), Dibba Al-Hisn (émirien côté Sharjah), et Dibba Al-Baya (omanais, partie du Musandam). Les trois se touchent, sans frontière visible, sans poste, sans barrière. On peut littéralement marcher du territoire émirien au territoire omanais sur la plage. C’est une particularité rare du monde — une ville en trois nations, réunies par une même rue.

Nous sommes arrivés à Dibba vers onze heures, et nous avons conduit jusqu’au port de pêche à l’extrémité nord. Là, sur une bande de sable noire parsemée de coquillages et de filets, une trentaine de dhows en bois reposaient sur le flanc — peints de bleu, de vert, de rouge, de blanc écaillé. Deux pêcheurs réparaient un filet. Un vieil homme fumait une cigarette, assis sur une caisse à poissons retournée, et il nous a regardés descendre de voiture avec l’indifférence bienveillante qu’ont les gens qui voient passer des visiteurs une fois par mois et non une fois par heure.

C’est le rythme de la côte qui change — pas le pays.

Nous avons pris un café dans une cabane qui n’avait pas de nom, à cinquante mètres du port. Karak tea, AED 3, servi dans un petit verre avec une soucoupe, trois dattes à côté. C’est ce café qu’il faut boire aux Émirats — celui que personne ne recommande sur Tripadvisor, parce qu’il n’a pas d’enseigne, parce qu’il n’est pas à Dubai, et parce qu’on ne le trouve qu’en passant au bon endroit au bon moment.

Fujairah — fort, mosquée, et les deux adresses que nous gardons

Fujairah ville, à trente kilomètres au sud de Dibba, est la capitale de l’émirat. C’est la plus petite des sept capitales émiriennes et la seule située sur le golfe d’Oman. Elle tient en deux monuments qui valent le détour et une vue qui vaut le séjour. Le fort de Fujairah, d’abord — construit au XVIe siècle, restauré modestement dans les années 2000, posé sur une colline au centre de la vieille ville. Il faut vingt minutes pour le visiter, et surtout il faut monter sur le rempart nord : la vue sur les Hajar d’un côté et la mer de l’autre est l’une des deux meilleures vues du pays. AED 5 l’entrée.

Mosquée blanche de Fujairah en fin d'après-midi, mur écru éclatant et minaret unique, ombre nette d'un palmier au sol, ciel cobalt pur, pas un nuage

Le second monument est la Grande Mosquée Sheikh Zayed de Fujairah, qu’il ne faut pas confondre avec celle d’Abu Dhabi. Plus petite, moins spectaculaire, mais posée au bord d’une avenue vide, avec un minaret unique en marbre blanc qui coupe le ciel comme un trait vertical. Nous y sommes allés à seize heures trente. Elle n’est pas ouverte aux non-musulmans pour l’intérieur, mais la promenade autour — quinze minutes — est d’une sobriété qu’on ne trouve pas à Abu Dhabi. C’est la différence entre une œuvre d’architecture et un décor de film : Fujairah est l’œuvre, Abu Dhabi est le décor.

Pour dormir : nous avons logé au Al Aqah Beach Hotel, à vingt kilomètres au nord de Fujairah, AED 550 la nuit en décembre, plage de galets, plongée accessible depuis la jetée. Ce n’est pas un resort de luxe — c’est un hôtel honnête, un peu démodé, avec une vue directe sur Snoopy Island, un petit rocher qui ressemble (vraiment) au personnage couché sur le dos. Pour manger : Hukamaa, restaurant indien à Fujairah-centre, thali à AED 35, le meilleur repas que nous ayons fait sur la côte est. Aucune prétention, un patron qui parle français, et une salle qui se remplit de travailleurs locaux à vingt heures — le signe infaillible d’une cuisine juste.

Salim, un pêcheur de Dibba, café matinal — V.O. — Vous venez de Dubai en voiture ? C’est bien. La mer ici n’est pas la même. Ceux qui prennent l’avion pour Fujairah voient la ville, mais ils ne sentent pas la route. Il faut sentir la route pour comprendre où on arrive.

Notes pratiques — et la sortie vers Mascate

Horaire : nous conseillons une journée et une nuit minimum pour ce plan. Départ de Dubai à sept heures, Dibba à onze heures, déjeuner à treize heures, Fujairah-fort vers quinze heures, mosquée à seize trente, hôtel à dix-huit heures. Le lendemain matin, retour sur Dubai par la même route avant dix heures (pour éviter la chaleur du retour en plaine) ou — si l’on veut enchaîner — passage vers Oman par le poste de Khatm al Shikla près de Al Ain, deux heures au sud de Fujairah.

Carburant : comme ailleurs, pas de problème. ENOC, ADNOC et Emirates Petroleum jalonnent la E88 et la côte. Le carburant est le même qu’à Dubai, au même prix.

Plongée : si c’est votre activité, Dibba Rock et Snoopy Island sont les deux sites principaux — l’eau est claire d’octobre à avril, visibilité 10 à 15 mètres, température 22–26°C. Les clubs affiliés à l’hôtel Al Aqah pratiquent des sorties à la demi-journée, AED 350 pour deux plongées avec matériel.

Passage vers Oman : c’est le plan idéal pour enchaîner sur la Bobine IX. Si vous avez une voiture louée aux Émirats, vérifiez expressément que le contrat autorise la sortie de territoire vers Oman — la plupart des loueurs premium l’autorisent sur demande, avec un supplément de AED 100–200 et une assurance étendue. La sortie se fait à Hatta (mais le passage n’est plus actif pour les véhicules de tourisme, vérifiez) ou mieux, à Khatm al Shikla, plus au sud. Comptez vingt minutes de formalités dans le sens Émirats → Oman, une heure dans l’autre sens. Le visa omanais s’obtient en ligne à l’avance (eVisa, OMR 5 pour dix jours) — ne comptez pas sur le visa à l’arrivée côté terrestre, il n’est plus systématiquement délivré.

Route alternative par Kalba : depuis Fujairah, plutôt que de remonter par la E88, on peut choisir de rentrer sur Dubai par la côte sud — via Kalba, Khor Fakkan et le nouveau tunnel de Sharjah. C’est trente kilomètres de plus, une heure de conduite en plus, mais c’est aussi la plus belle route côtière du pays : on longe la mer sur une trentaine de kilomètres avec une qualité d’asphalte absurde, puis on entre dans un tunnel de montagne de six kilomètres qui débouche directement sur Sharjah. Nous ne l’avons pas prise ce jour-là par manque de temps, mais nous la notons pour ceux qui voudraient donner à ce Plan 04 une dernière virgule avant de refermer la bobine.

Saison : toute l’année, mais décembre à mars est le meilleur moment. En été (mai à septembre), la chaleur reste plus supportable sur la côte est qu’à Dubai — l’humidité y est tout aussi dense mais la brise du golfe d’Oman apporte un soulagement léger. En hiver, l’eau est à 22–23°C, idéale pour la plongée et la baignade courte.

Ce Plan 04 est notre plan de sortie. Il ferme la Bobine VIII sur une note grave et sobre — celle d’une mer qu’on n’attendait pas, d’un village qui n’est pas encore devenu une destination, d’un café pris dans une cabane sans nom. Et il ouvre, directement, sur la Scène IX : à quelques heures de voiture de Dibba, au-delà d’un col et d’un poste-frontière, commence Oman.

Pour creuser la suite naturelle de ce plan, lire Musandam — fjords d’Arabie, qui prend le relais en territoire omanais à moins de deux heures de route. Pour replacer ce plan dans le film : Dubai → Abu Dhabi au volant et le plan précédent, Hatta — montagnes et barrage.

— Fin du Plan 04. Fin de la Bobine VIII. L’avion pour Mascate décolle à 7 h.

— Fin du Plan 04. Fin de la Bobine VIII. L'avion pour Mascate décolle à 7 h.