Cap Soleil · Édition MMXXVI [ 00 : 00 : 00 ]
Scène V

TUNISIE.

Coordonnées34°N · 9°E Durée de scène12 jours Kilométrage1 500 km Plans4 SaisonMars — Juin · Sept. — Nov.
Voix off · Prologue de scène

Mur chaulé et porte bleue cloutée de Sidi Bou Saïd, ombre nette d'arcade à midi, bougainvilliers débordant sur la chaux

§ 1 — Voix off

« La Tunisie tient dans une journée de voiture — mais il lui faut plusieurs semaines pour consentir à être vue. »

On mesure mal, depuis Paris ou depuis Casablanca, à quel point la Tunisie est un petit pays. De Tabarka à Tataouine, il y a moins de kilomètres que de Calais à Marseille. On pourrait, en théorie, rouler d’une frontière à l’autre entre le petit-déjeuner et le dîner. C’est précisément pour cette raison qu’on ne le fait pas. La Tunisie se refuse à qui la traverse : elle n’ouvre ses portes qu’à ceux qui s’arrêtent, qui reviennent sur leurs pas, qui acceptent de s’égarer un après-midi entier dans une médina où il n’y a rien à voir — et donc tout à entendre.

Nous avons roulé douze jours sur la Bobine V, au mois de mai MMXXV, à deux, avec une compacte de location prise à l’aéroport de Tunis-Carthage. Quinze cents kilomètres au compteur, deux plaques d’immatriculation croisées tous les quarts d’heure, trois appels à la prière entendus au même moment depuis trois minarets différents, et la conviction, au retour, que nous avions vu un pays qu’on continue d’appeler petit par paresse de nomenclature. La Tunisie n’est pas petite. Elle est dense — ce qui est l’exact contraire.

§ 2 — Deux Tunisies, et la route qui les sépare

Il y a, au volant, deux Tunisies qui ne communiquent presque pas. Le nord s’étire entre Tabarka et le Cap Bon comme un tableau d’Europe méditerranéenne qui aurait gagné le soleil sans perdre le chêne-liège : vignes, oliviers, maisons blanches à tuile rouge, plages longues de sable propre, odeur d’iode et de jasmin. On y conduit comme en Sicile ou en Crète. Les cafés tiennent jusqu’à tard, les serveurs passent du français à l’arabe sans y penser, et la facture se lit en dinars avec l’habitude qu’on prend en trois jours.

Le sud, lui, commence quelque part après Gabès, sur la P1, quand les oliveraies s’éclaircissent et que le vent cesse d’être humide. Ce n’est plus la même latitude culturelle : on est à la porte du Sahara, dans les ksour berbères, dans les palmeraies, dans les croûtes de sel du Chott el-Jerid. Les distances entre stations-service s’allongent, les maisons s’enterrent pour fuir la chaleur, les voix off se font plus rares. C’est un autre pays, et la nationale qui le rejoint — la P1 de Sfax à Médenine — est à bien des égards la colonne vertébrale de ce voyage.

Entre les deux, le centre. Kairouan, El Jem, Mahdia : la Tunisie historique, celle qui possède une Grande Mosquée qu’on n’ose pas comparer à d’autres, un amphithéâtre romain qui tient encore debout comme un rappel à l’ordre, et des ports de pêche qui n’ont pas subi la côte d’à côté. On la traverse à contre-courant des circuits organisés, et c’est tant mieux.

Conduire en Tunisie, c’est voyager dans trois pays à la fois sans jamais quitter la même plaque d’immatriculation.

Le Maroc, notre Bobine IV, déroule mille ambiances sur trois mille kilomètres ; la Tunisie en propose autant sur la moitié. La différence est d’échelle. On dit volontiers que la Tunisie est le Maroc en plus petit — c’est une erreur polie qui arrange les magazines. La Tunisie est autre chose : un pays plus latin au nord, plus berbère au sud, plus romain au centre, et qui possède ce luxe rare de pouvoir être vu en douze jours sans jamais avoir l’impression de courir. Elle a été, pendant longtemps, le parent pauvre des récits de voyage français ; elle mérite mieux que ce silence.

Nous avons loué notre voiture à Tunis-Carthage, chez un loueur que nous avons trouvé deux mois à l’avance. Compte autour de 80 à 110 dinars par jour pour une compacte en basse saison, kilométrage illimité, plein au départ, plein au retour. Pour le sud — Matmata, Chenini, Douz — un SUV léger est plus confortable, même si tout reste praticable en berline tant qu’on ne force pas les pistes. Le vrai 4×4 n’est nécessaire que si l’on veut quitter les nationales, et le contenu de cette Bobine V ne l’exige pas.

§ 3 — Liste des IV plans de la Bobine V

La Scène V se compose de quatre plans. On peut les suivre dans l’ordre — c’est ainsi que nous les avons tournés — ou bien piocher selon le temps dont on dispose. Chaque article tient seul.

  • Plan 01 — Cap Bon et Sidi Bou Saïd — 180 km, deux jours, la Tunisie des premiers matins bleus et blancs. Sidi Bou Saïd au lever du jour, Kélibia, Hammamet. L’entrée en matière idéale pour qui atterrit à Tunis et veut prendre le volant sans brusquer son dépaysement.
  • Plan 02 — Djerba, Matmata, Chenini, Tataouine — 400 km, trois jours, l’autre Tunisie : maisons troglodytes, ksour berbères en terrasses, routes qui filent vers l’horizon. Le plan central de la bobine, celui qui justifie à lui seul le voyage.
  • Plan 03 — Kairouan, El Jem, Mahdia — 250 km, deux jours, l’intérieur et la côte centrale. Grande Mosquée, amphithéâtre romain, port de pêche — trois sites majeurs sans jamais sortir des dinars raisonnables.
  • Plan 04 — Route des oasis : Tozeur, Nefta, Douz — 350 km, deux jours, la traversée du Chott el-Jerid et la porte du Sahara. Un plan qui clôt la bobine sur un blanc de sel, une palmeraie, et la certitude qu’on reviendra.

§ 4 — Cross-références

La Bobine V ne s’écoute pas seule. Deux autres entrées du film l’éclairent en miroir.

  • Maroc — Bobine IV — le grand frère du Maghreb, dix fois plus vaste, plus connu aussi, et souvent choisi par défaut. Nous avons conçu les deux bobines comme un diptyque. Celui qui a roulé au Maroc gagne à revenir vers la Tunisie : il y trouvera moins de distances et plus de densité, moins de hauts lieux et plus d’intimité.
  • Meilleure saison, pays par pays — notre carnet transverse. La Tunisie se voyage au printemps (mars à juin) ou en fin d’été (septembre à novembre). Juillet et août sont brûlants dans le sud, parfois illisibles passé midi ; décembre et janvier peuvent être humides au nord, secs et froids au sud — la saison que nous aimons le moins, sauf pour les oasis.

— Fin du carton de scène. Bobine V : la pellicule sent le jasmin et l’huile d’olive.

Séquence V.A

LISTE DES PLANS

4 prises · Ordre de visionnage conseillé

— Voir aussi · Séquences liées —