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CONDUIRE

dans le désert
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Voix off · Ouverture du plan

{"text"=>"Le désert commence toujours plus tôt qu'on ne le croit — parfois à la sortie même de la station-service, quand l'asphalte devient une ligne grise fatiguée.", "label"=>"Voix off · Ouverture du carnet"}

Timecode[ — : — : — ] BobineCarnet transverse

Nous n’avons pas appris à conduire dans le sable dans un stage. Nous avons appris en nous enlisant une première fois à la sortie d’Erfoud, une seconde fois sur une piste vers Wahiba, et une troisième fois — celle dont nous ne nous vantons pas — à moins de trois kilomètres du camp bédouin de Salim, parce que nous n’avions pas dégonflé nos pneus. Chaque erreur avait sa signature, chaque signature laissait une leçon. Ce carnet est la somme de ces leçons, écrites à l’encre un peu sèche parce qu’elles nous ont coûté des heures, quelques dirhams de dépannage, et un certain nombre de remarques souriantes de la part de nos guides locaux.

Traces de pneus dans le sable sous la lumière rasante du matin

Nous ne vous ferons pas l’offense de commencer par les évidences — emportez de l’eau, prévenez quelqu’un, n’y allez pas en tongs. Cela, vous le savez. Nous voulons parler d’autre chose : des choses que personne ne dit au comptoir de location, celles qui font la différence entre une journée belle et une journée longue.

§ Ce que les loueurs ne disent pas

Quand vous louez un 4×4 à Marrakech, à Mascate ou à Dubaï pour partir dans le désert, l’employé du comptoir vous remet les clés avec un sourire qui n’est pas un mensonge — c’est simplement un sourire commercial. Il ne vous dira pas que la pression des pneus à 2,4 bars, celle de la route, est exactement le contraire de celle qu’il vous faudra sur une piste sableuse. Il ne vous dira pas que le réservoir plein de gazole qu’on vous remet est dimensionné pour l’autoroute, pas pour une traversée à 40 km/h en première courte. Il ne vous dira pas non plus que le pneu de secours, chez certains loueurs, est un pneu d’urgence temporaire — un galet noir de 60 km d’autonomie — et que partir sur une piste avec un seul vrai pneu de secours revient à partir sans pneu de secours du tout.

Nous avons pris l’habitude, maintenant, de demander trois choses avant de signer le bulletin de prise en main. Premièrement : le véhicule dispose-t-il d’une vraie roue de secours, pleine taille, en bon état ? Deuxièmement : ai-je un compresseur à bord, ou à défaut, où trouver le plus proche ? Troisièmement : y a-t-il un équipement de désenlisement — plaques de sable, corde, pelle légère ? Si les trois réponses sont floues, nous négocions, ou nous changeons d’agence. Le supplément — quand il existe — est toujours inférieur au prix d’un remorquage depuis l’Erg Chebbi.

§ Les pneus, l’eau, l’ombre

La règle qui résume tout : sur le sable, vos pneus valent votre carburant. Un 4×4 avec des pneus à 2,4 bars s’enfonce. Un 4×4 avec des pneus dégonflés à 1,0 bar — oui, un bar — flotte. Entre ces deux chiffres, il y a la différence entre une journée d’aventure et une journée de pelle. À Merzouga, les guides expérimentés descendent parfois à 0,8 bar pour les dunes molles. Nous nous tenons, par prudence, à 1,2 bar pour du sable dur et 1,0 bar pour du sable mou. Et surtout : nous regonflons dès que nous retrouvons une piste dure — un pneu à 1,0 bar sur du gravier chauffe vite, et un pneu chaud, dans le désert, se délite.

L’eau, maintenant. Les chiffres circulent — trois litres par personne et par jour, cinq litres, dix litres. Notre règle d’équipe est plus simple : un jour de marge. Quel que soit le trajet prévu, nous embarquons pour un jour de plus que notre itinéraire. Un trajet de huit heures = douze litres par personne, soit quatre jerricans de trois litres empilés dans le coffre. Cela prend de la place, cela alourdit, cela ne se boira probablement jamais — et c’est exactement pour cela que nous le faisons.

Jauge de pression contrôlée sur un pneu tout-terrain, main floutée à l'avant-plan

L’ombre, enfin. Dans le désert, l’ombre n’est pas un confort — c’est une ressource. Nous avons pris l’habitude de ne plus conduire entre 13 h et 16 h en été, et entre 14 h et 15 h 30 en hiver. Non par paresse : à cause de la lumière, qui écrase les reliefs du sable et fait disparaître les creux où un pneu peut se planter ; à cause de la chaleur, qui dégrade rapidement les pneus dégonflés ; à cause enfin du simple bon sens — si vous devez quitter le véhicule, vous voulez pouvoir marcher dix mètres sans craindre d’y laisser vos semelles. À 15 h un jour de juillet près de Liwa, la tôle d’un capot marque un œuf au plat en moins de huit minutes. Nous avons vérifié.

§ Quand la piste disparaît

La piste ne disparaît jamais d’un coup. Elle s’efface, d’abord — une trace plus claire que la suivante, une trace croisée qu’on hésite à suivre, un cairn de pierres qui n’est pas là où on l’attendait. Nous avons une règle : dès que nous hésitons deux fois dans la même heure, nous nous arrêtons. Pas pour rebrousser chemin — pas forcément — mais pour regarder une vraie carte (papier), comparer avec le GPS, poser le tracé au sol et vérifier nos coordonnées. À Wadi Rum, à mi-chemin d’une piste qui devait relier deux camps bédouins, nous avons perdu vingt minutes à faire ce geste, et nous avons découvert que nous étions en train de rouler parallèlement à la piste prévue, à 1,8 km au nord. Sans l’arrêt, nous finissions cinquante kilomètres plus loin dans un cul-de-sac.

Le GPS est utile. Il n’est pas suffisant. Nous emmenons systématiquement une carte topographique imprimée (1:100 000 quand nous pouvons en trouver, 1:250 000 sinon), une boussole simple, et — ceci surprend toujours — un morceau de fil rouge pour mesurer les distances sur la carte. Le papier, contrairement à une tablette, fonctionne à 47°C, au soleil direct, et quand la batterie est morte.

Un dernier point sur la navigation : si un guide local vous accompagne, écoutez-le plus que votre GPS. Nous avons passé la main à Salim une fois, sur la piste du retour de Wahiba, et il nous a fait prendre un détour qui rallongeait de trente minutes — pour éviter, nous a-t-il expliqué en arrivant, une zone où le sable, ce jour-là, avait bougé. Il le savait parce qu’il y vivait. Nous ne le savions pas parce que nous y passions pour la première fois. La leçon ne s’apprend qu’une fois.

§ Panne : que faire, que ne pas faire

Station-service isolée au bout d'une longue ligne d'asphalte

Une panne dans le désert n’est pas un drame à condition de respecter trois règles simples, que nous avons payées assez cher pour nous en souvenir.

Règle un : ne pas quitter le véhicule. C’est contre-intuitif — on a envie de marcher, de chercher une solution, de grimper sur une dune pour capter un signal. C’est une très mauvaise idée. Le véhicule est votre ombre, votre stock d’eau, votre signal visuel (un 4×4 blanc se voit à quinze kilomètres depuis le ciel ; un humain debout, à deux kilomètres à peine). Si vous devez absolument explorer, laissez toujours un membre de l’équipe au véhicule, emportez de l’eau, et ne dépassez pas la ligne d’horizon visible depuis la voiture.

Règle deux : signaler, signaler, signaler. Un drapeau orange sur l’antenne, le capot ouvert, les feux de détresse allumés (si la batterie le permet), un morceau de tissu sombre au sol à côté de la voiture pour qu’un drone ou un avion la repère. Dans le Rub al Khali, nous avons vu un 4×4 en panne depuis une crête à neuf kilomètres de distance uniquement parce que le propriétaire avait étalé une bâche bleue sur le sable — le bleu ne se trouve nulle part dans un désert, c’est la couleur la plus visible.

Règle trois : patienter. Les pistes principales — Merzouga, Wahiba, Wadi Rum, Liwa — voient passer, en saison, au moins un véhicule toutes les deux heures. Hors-saison, c’est parfois une fois par jour. Toujours plus souvent que ce que votre angoisse vous fait croire. La patience est une compétence désertique. Nous l’avons travaillée.

§ Notes pratiques

Quelques chiffres que nous gardons toujours à portée de main, par pays, et que vous ferez bien d’adapter :

  • Maroc (Erg Chebbi) : station-service à Erfoud (la dernière), puis rien jusqu’au retour. Prévoir le plein complet. Pneus à 1,2 bar, retour à 2,2 bars sur bitume.
  • Oman (Wahiba) : station à Bidiyah, rien au-delà. Le café du vieux monsieur en dishdasha blanche, à gauche de la route principale, vaut l’arrêt.
  • Jordanie (Wadi Rum) : station à Al-Quwayrah, puis au village d’accueil de Wadi Rum même. Pas de carburant dans le wadi. Prévoir deux jerricans si vous partez sur les pistes sud.
  • Émirats (Liwa) : station à Mezaira, puis la dernière station avant la traversée vers Moreeb Dune. Au-delà, c’est sable, sable, sable, et encore sable.

Et une dernière chose. Quand un voyageur nous demande ce qu’il faut savoir avant de partir seul dans le désert, nous répondons toujours la même phrase : “Ne partez pas seul.” Pas parce que c’est impossible — nous l’avons fait plusieurs fois — mais parce que deux véhicules valent mille fois un seul. Si vous ne pouvez pas partir à deux voitures, partez avec un guide. Si vous ne pouvez pas prendre un guide, partez sur une piste fréquentée en saison. Le désert n’aime pas les solitaires ; il les tolère, rarement, quand il est de bonne humeur.

Nous, nous y retournerons. Mais toujours à deux voitures, et toujours avec un jour de marge dans le coffre.

Pour voir comment ces règles s’appliquent sur le terrain, lire ensuite : Wahiba Sands — Nuit dans le désert, Merzouga — Erg Chebbi, Wadi Rum, bivouac sous les étoiles, et Liwa, l’oasis et Rub al Khali.

— Carnet refermé. Garder de l'eau dans le coffre.