Carton d'auteur · Note de production

À
PROPOS

Un mot du réalisateur — MMXXVI

Nous sommes une petite équipe de voyageurs francophones, basée à Paris, avec deux correspondants au long cours — l’un à Mascate, l’autre à Port-Louis. Nous n’avons pas fondé Cap Soleil pour vendre quoi que ce soit. Nous l’avons fondé parce que nous avions, tous, la même lassitude devant une certaine manière de raconter les voyages : celle des listes à puces, des superlatifs creux, des photographies arrangées où le chameau est toujours à la bonne distance du coucher de soleil.

Entre 2024 et 2026, nous avons roulé, à tour de rôle ou ensemble, à travers neuf pays du soleil : Maurice, La Réunion, les Seychelles, le Maroc, la Tunisie, l’Égypte, la Jordanie, les Émirats arabes unis et Oman. Deux constellations qui se répondent — l’océan Indien francophone d’une part, le grand arc désertique de l’autre. Nous avons loué chaque voiture, payé chaque plein, réglé chaque franchise. Nous avons crevé trois pneus, perdu une clé, laissé un rétroviseur contre un muret à Chefchaouen. Tout cela se retrouve, en filigrane, dans les pages que vous lisez.

§ Ce que nous faisons

Nous écrivons des carnets de route. Pas des guides, pas des inventaires, pas des tops. Un carnet de route, pour nous, c’est un texte qui assume un regard — le nôtre — et qui se tient à distance égale des deux écueils habituels : la carte postale vide et le journal intime sans intérêt pour le lecteur. Nous voulons qu’un article de Cap Soleil puisse se lire avant le départ, pendant le voyage, et relu une fois rentré — et qu’à chaque lecture, il donne une chose différente. Un itinéraire la première fois. Une adresse la seconde. Une phrase qu’on se souvient avoir oubliée, la troisième.

Nos références sont françaises, revendiquées. Géo, Carnets de Voyage, Le Monde Voyage, Condé Nast Traveler France. Une tradition qui sait qu’on peut écrire sur le monde sans sombrer dans le reportage pittoresque, et qu’un paragraphe tenu vaut mieux qu’un paragraphe bavard.

§ Comment nous choisissons

La règle est simple : nous ne publions que des itinéraires que nous avons conduits nous-mêmes. Pas de compilation de retours TripAdvisor, pas de récit reconstitué d’après un communiqué de presse. Chaque plan du film correspond à une date réelle — septembre 2025 pour Maurice, février 2026 pour Wahiba, mars 2026 pour Petra. Les kilomètres sont les nôtres, les temps de trajet aussi, et quand nous donnons un prix, c’est celui que nous avons payé, pas celui qu’un attaché de presse nous a promis.

Nous ne recevons pas d’invitations. Aucun office de tourisme n’a financé nos déplacements, aucun hôtel ne nous a logés gratuitement en échange d’un article. C’est une posture qui a un coût — budgétaire, d’abord, et aussi en volume de contenu : nous écrivons moins que les blogs qui fonctionnent au press-trip. C’est la différence que nous voulons assumer.

§ Comment nous écrivons

Nous écrivons à la première personne du pluriel — nous, jamais je. Ce nous est un collectif réel : trois rédacteurs, un photographe, deux relectrices, un correspondant au Maghreb, un autre dans le Golfe. Chaque article passe par plusieurs paires d’yeux avant publication. Quand une phrase sonne faux à l’un, elle saute.

La voix que nous cherchons est celle d’un journaliste voyage aguerri, pas celle d’un influenceur. Français littéraire mais vivant, phrases travaillées mais sans jargon, humour sobre, ironie bienveillante. Zéro emoji. Zéro anglicisme gratuit. Le lecteur doit sentir le vent, le sel, la poussière — pas lire une fiche technique rédigée par un algorithme de SEO.

§ Ce que nous refusons

Nous refusons les superlatifs creux — incontournable, à couper le souffle, must-see. Nous refusons le jugement par le prix : un hôtel n’est pas bon parce qu’il est cher, une voiture n’est pas bonne parce qu’elle est puissante, un restaurant n’est pas bon parce qu’il est difficile à réserver. Nous refusons les photographies arrangées qui ne correspondent à rien de ce que le voyageur verra. Nous refusons enfin le ton condescendant qui fait du voyage une épreuve de style : on ne mérite pas un pays, on le traverse honnêtement.

Cap Soleil est, en dernière analyse, une adresse qu’on se passe — entre gens qui savent qu’un bon voyage se prépare longuement, qu’il se conduit soi-même, et qu’il se raconte après, avec mesure, en gardant quelques lignes pour soi.

Bonne projection.