Plan 03 · BOBINE VI · Égypte

DÉSERT BLANC

Bahariya · Farafra
[ 03 : 57 : 00 — 04 : 08 : 00 ]
Voix off · Ouverture du plan

« Il y a, au Désert Blanc, des rochers qui ressemblent à du pain oublié — on ne sait pas s'ils sortent ou s'ils rentrent du sable. »

Distance700 km Durée3 j Véhicule4×4 obligatoire avec chauffeur local Timecode[ 03 : 57 : 00 — 04 : 08 : 00 ] TournageJanvier MMXXVI BobineBOBINE VI

Voix off — Ouverture du plan

« Il y a, au Désert Blanc, des rochers qui ressemblent à du pain oublié — on ne sait pas s’ils sortent ou s’ils rentrent du sable. »

Formation de craie blanche en forme de champignon se dressant sur un sol ocre du Sahara Beyda, ciel bleu profond, ombre longue projetée au couchant

Le Désert Blanc est un plan que l’on organise — c’est l’un des rares du film où l’on ne peut pas partir à l’aventure avec des clés de location dans la poche. Pour deux raisons simples : la Western Desert Road qui relie Le Caire à Bahariya est correcte mais longue (360 km sans essence utilisable sur les 200 derniers), et surtout, à partir de Bahariya, il n’y a plus de route. Il y a des pistes, qui changent avec le vent, qui se dédoublent, qui se perdent. Et il y a des postes militaires. Il faut un 4×4 — sérieux, pas un SUV de tarmac — et il faut un chauffeur local bédouin qui possède les autorisations et connaît le dessin changeant des pistes. Ce n’est pas un caprice de guide ; c’est la loi.

De Gizeh à Bahariya

Nous avons choisi de conduire nous-mêmes jusqu’à Bahariya, puis d’embarquer avec notre guide pour les deux jours suivants. Ce découpage est le plus satisfaisant : il garde le plaisir de la route d’approche, qui est belle à sa façon, et confie au spécialiste la partie qui compte vraiment.

Départ de Gizeh à six heures. La Western Desert Road sort de la capitale par l’ouest, contourne le plateau des Pyramides sans en voir une seule — l’ironie est involontaire — et file plein sud-ouest dans un désert plat qui, pendant les cent premiers kilomètres, n’offre rien. Une route à deux voies, goudron noir, lignes blanches pas toujours repeintes, des poteaux télégraphiques en bois penchés par le vent. Aux deux tiers du trajet, on traverse le dépôt de Bawiti — une suite de baraquements et de dépôts de fer, une station-service à laquelle nous faisons une confiance modérée, un café noir à 12 EGP.

Bahariya, que l’on atteint vers midi, n’est pas une oasis qui se donne. Elle s’étale sur plusieurs kilomètres, entre des palmeraies fatiguées, des villages de boue séchée et quelques hôtels rudimentaires. C’est un point d’appui, pas une destination en soi. Nous y avons retrouvé notre guide — Hussein, recommandé deux mois à l’avance par un confrère du Caire, Bédouin de la tribu des Fayoumis, quarante ans, Land Cruiser blanc de 1998, anglais précis et humour sec. Il a pris notre voiture en garde dans la cour d’un petit hôtel, 250 EGP pour les trois jours, et nous avons transféré nos sacs dans le Toyota.

Oasis de Bahariya

Nous avons consacré le début de l’après-midi à Bahariya elle-même, parce que c’est un tort commun de la négliger. Hussein nous a emmenés d’abord au Jebel Dist, un piton pyramidal qui se dresse au-dessus de l’oasis et d’où l’on comprend enfin la géographie du lieu — une dépression immense, ovale, creusée dans le plateau libyque, au fond de laquelle un long ruban vert trace l’eau. Puis aux sources chaudes de Bir Ghaba, où l’on se baigne dans une eau à 42 °C au milieu d’un bosquet d’eucalyptus. Puis au petit musée des momies dorées de Bahariya — trois salles simples, quatre cercueils, un gardien qui éteint la lumière quand on part et la rallume quand on arrive. Entrée : 150 EGP.

Ombres longues et bleues projetées sur la surface lisse d'une dune de craie blanche, lumière rasante du matin, détails de grain fin de craie

Nous avons dormi cette nuit-là à l’oasis, dans un eco-lodge de pierre et de palme — pas de luxe, pas d’eau chaude dans la chambre, mais un dîner bédouin partagé autour d’un feu, du molokhia et de l’agneau au riz, et une certaine dignité silencieuse. 1 400 EGP la nuit pension complète, arrangement fait directement par Hussein. Le confort aurait pu être meilleur. La soirée ne pouvait pas.

Nuit dans le Désert Blanc

Le deuxième jour commence à sept heures. Nous traversons le Désert Noir d’abord, un plateau de dolérite couvert de galets sombres qui lui donnent son nom — une demi-heure d’étrangeté volcanique. Puis le Cristal Mountain, un défilé minéral où le sol crisse de cristaux de calcite. Puis le grand néant plat qui conduit au Sahara Beyda, le Désert Blanc proprement dit, 45 kilomètres avant Farafra.

L’entrée dans le Désert Blanc ne s’oublie pas. On roule sur une piste ocre classique, on monte une petite dune, et d’un coup le paysage devient autre chose. Des formations de craie, sculptées par le vent depuis des dizaines de milliers d’années, se dressent en champignons, en icebergs, en poulets, en meringues. Chacune a un nom local : le Sphinx, le Navire, la Poule. Elles sont parfaitement blanches, d’une blancheur qui vibre à l’œil, et le sol entre elles est d’un beige doux qui les fait paraître en lévitation. Nous avons parcouru deux heures le secteur avant de choisir, avec Hussein, un emplacement pour la nuit — une petite cuvette à l’abri du vent, derrière un champignon haut de quatre mètres, d’où l’on voyait partir les ombres de la fin de journée.

Le Désert Blanc est le seul endroit d’Égypte où le silence n’est pas un contraste mais la substance même du paysage.

Hussein a monté la tente, allumé un feu d’acacia, préparé un tajine simple au poulet et aux pommes de terre, servi le thé dans de petits verres ébréchés. Le coucher du soleil a duré quarante minutes, pendant lesquelles les craies sont passées du blanc au rose, du rose à l’or, de l’or au violet. Puis la nuit, brutale comme toujours au désert, est tombée en quinze minutes. Les étoiles, elles, ont mis une demi-heure encore à sortir complètement — mais ce qui est sorti est considérable. La Voie lactée barrait le ciel comme un trait de craie pâle sur un tableau noir, et on comprenait, d’un coup, pourquoi les anciens prétendaient lire dedans.

Intérieur d'une tente bédouine au crépuscule, un verre de thé noir fumant sur un plateau de cuivre terni, tapis à motifs rouges, lueur basse d'une lampe à huile

Nous nous sommes couchés vers dix heures, et réveillés à cinq et demie pour regarder l’aube. Ce qui distingue l’aube du Désert Blanc de toutes celles que nous connaissons, c’est son jaune — un jaune pâle qui monte par paliers, et qui éclaire les craies d’une lumière presque dentaire, clinique, avant de céder le relais au jour franc. À six heures trente, il faisait frais ; à sept heures, chaud ; à huit heures, brûlant. Nous avons plié le camp, repris la piste, et salué les formations une à une en passant, sans en parler.

Nous avons passé la deuxième journée sur place, à rayonner depuis le campement. Hussein connaît les secteurs moins photographiés du Sahara Beyda — des zones un peu à l’écart de la piste principale, où les craies prennent d’autres formes : non plus des champignons mais des dalles, des lamelles, des murs minces découpés comme du papier. Nous avons marché à pied pendant deux heures, lui devant, nous derrière, sans parler, et il s’arrêtait de temps à autre pour nous montrer des traces — un scarabée, un renard de Rüppell passé la veille, une plume d’outarde. Le Désert Blanc n’est pas mort : il est habité, discrètement, par une faune minuscule qui sort la nuit et s’efface au matin.

Le midi, nous avons déjeuné à l’ombre d’une arche de craie — conserves de thon, tomates, oignons crus, pain plat préparé la veille au soir par la femme de Hussein, et encore du thé. Nous avons dormi une heure sur les tapis, à l’abri du vent, avant de reprendre la marche en fin d’après-midi pour une autre cuvette, une autre lumière. C’est de cette journée sans rien, précisément, que nous avons retenu la meilleure partie de la bobine. Il faut accepter de ne pas faire le Désert Blanc ; il faut y passer deux nuits, et laisser la première apprendre à regarder la seconde.

Le retour vers Bahariya par la même piste prend trois heures. Nous avons retrouvé notre voiture dans la cour de l’hôtel, salué Hussein, payé le solde de la prestation (8 500 EGP pour trois jours et deux nuits, tout compris, pour deux personnes, chauffeur et véhicule), et repris la Western Desert Road en sens inverse vers Le Caire. Retour à Gizeh à vingt heures, fourbus, heureux.

Notes pratiques — pourquoi on prend un guide

Chauffeur bédouin non négociable. Les pistes du Désert Blanc ne sont pas balisées, les sables changent, les autorisations militaires sont revérifiées à chaque poste. Partir seul est irresponsable, et d’ailleurs on vous en empêchera au premier check-point. Comptez 7 000 à 10 000 EGP pour un guide sérieux avec 4×4, selon la durée et le nombre de passagers.

Réservation. Deux mois à l’avance. Les bons guides sont peu nombreux et pris. Passez par une petite agence du Caire recommandée par votre hôtel ou par un journaliste — évitez les offres affichées sur les panneaux à Bahariya même, qui varient en qualité.

Saison. Novembre à mars uniquement. D’avril à octobre, la chaleur du désert est dangereuse et la lumière perd son contraste — les photos ne valent plus rien.

Vêtements. Prévoyez chaud pour la nuit : le Désert Blanc peut descendre à 3 °C en janvier. Un duvet, un bonnet, une veste coupe-vent. Et suffisamment d’eau — trois litres par personne et par jour.

Sanitaires. Aucun. On se lave au lendemain, à l’oasis. La tente dispose d’une pelle et d’une discrétion mutuelle.

Autorisations. Toutes les autorisations de circulation dans le désert occidental sont gérées par les guides agréés — vous n’avez aucune démarche personnelle à effectuer, à condition de passer par un professionnel sérieux. Gardez simplement votre passeport avec vous en permanence : il sera contrôlé au moins deux fois par jour aux check-points militaires de Bahariya et de Farafra.

Téléphone et GPS. Aucun réseau mobile dans le Désert Blanc lui-même. Les guides emportent un téléphone satellite pour les urgences ; vous n’en avez pas besoin, à condition de ne pas vous écarter de votre chauffeur. Ne faites pas confiance à Google Maps pour les pistes : les tracés affichés sont obsolètes et parfois dangereux.

Pour approfondir. Lisez notre carnet transverse Conduire dans le désert avant de partir — il couvre la pression des pneus, le choix du véhicule, les règles de sécurité minimales. Et en bobine, enchaînez avec le Plan 01, Caire → Louxor, qui est le pendant civilisé du Plan 03, ou avec le Plan 04, Sinaï et Sainte-Catherine, qui referme la Bobine VI sur une autre forme de désert — minéral, vertical, chrétien.

— Fin du Plan 03. Le vent a effacé nos traces en quatre heures.

— Fin du Plan 03. Le vent a effacé nos traces en quatre heures.