Plan 02 · BOBINE VI · Égypte

MER ROUGE

Hurghada → Marsa Alam
[ 03 : 47 : 00 — 03 : 57 : 00 ]
Voix off · Ouverture du plan

« La route de la Mer Rouge n'a qu'une exigence : ne pas regarder trop souvent à droite, ou l'on finit dans le fossé de gauche. »

Distance400 km Durée2 j VéhiculeCompacte Timecode[ 03 : 47 : 00 — 03 : 57 : 00 ] TournageDécembre MMXXV BobineBOBINE VI

Voix off — Ouverture du plan

« La route de la Mer Rouge n’a qu’une exigence : ne pas regarder trop souvent à droite, ou l’on finit dans le fossé de gauche. »

Plage déserte de la côte sud de la Mer Rouge, eaux turquoise transparentes, ponton de bois isolé s'avançant dans le lagon, montagnes sèches à l'arrière-plan

Nous avions rejoint la Mer Rouge par Qena, au sortir du Plan 01. La route transversale qui quitte la vallée du Nil pour rejoindre Safaga, 230 km plein est, traverse le désert oriental dans ce qu’il a de plus dépouillé — une succession de collines schisteuses, quelques mines de phosphate fantomatiques, une station-service rose pâle à mi-parcours et rien d’autre. Trois heures de route, un thermos de café, un ciel qui se découpe plus franchement à chaque kilomètre. Puis, brusquement, après une dernière côte, la mer. Pas la mer qu’on imagine — la mer qui se dresse presque verticalement devant le pare-brise, d’un bleu si saturé qu’on le croit sur-exposé.

Hurghada — sans en dire du mal

Il faut dire un mot de Hurghada. Nous n’aimons pas Hurghada. Nous n’aimons pas son étalement sans limite, ses vingt kilomètres de resorts qui se copient les uns les autres, ses carrefours en rond-point qui ne mènent à rien, ses panneaux russes plus nombreux que les panneaux arabes, ses plages privatisées par des hôtels auxquels nous n’appartenons pas. C’est la ville la plus anti-Cap Soleil de notre film. Nous le disons franchement.

Il faut aussi reconnaître la réalité commerciale. Hurghada est la porte d’entrée de la Mer Rouge parce qu’elle possède un aéroport international qui fonctionne et reçoit des vols directs depuis l’Europe. Si vous arrivez sans passer par Le Caire — et beaucoup de lecteurs français prendront cette option, qui divise le prix du billet par deux — c’est ici que vous atterrissez, et que vous retirez votre voiture de location. Nous recommandons alors, très sérieusement, de sortir de Hurghada dans les deux heures qui suivent, en direction du sud.

Et pourtant, nous y avons dormi deux nuits. Pourquoi ? Parce que Hurghada marina, paradoxalement, a une qualité : c’est le seul point de la côte où l’on trouve une vraie flotte de bateaux de plongée, des guides francophones sérieux, et la possibilité de ressortir, en moins d’une heure, sur des spots de coraux vivants. Nous avons plongé deux matinées à Giftun, tôt, avant les flottilles russes, et nous avons passé les après-midi dans notre hôtel — un petit boutique de la vieille ville d’El Dahar, loin du strip, 2 200 EGP la nuit, piscine carrée, bougainvilliers. On peut venir à Hurghada si l’on sait exactement où on dort, ce qu’on y fait, et à quelle heure on la quitte. Sinon, passez.

Nous la quittons au troisième matin, vers huit heures, en direction du sud. C’est là que commence le vrai Plan 02.

El Quseir l’ancienne

La route côtière — officiellement la Red Sea Coastal Highway — est à deux voies, parfaitement entretenue, et d’une rectitude qui invite à l’erreur. Cent dix à l’heure en permanence, sans ralentisseur, sans radar, avec la tentation constante de tourner la tête vers la droite parce que la mer est là, bleue et nette comme un décor. La règle du plan tient en une phrase : regardez droit devant vous, et faites des pauses. Tous les quarante kilomètres environ, un hôtel isolé ou une station-service offre un prétexte honorable.

Route rectiligne en bord de mer, goudron noir entre des collines de sable ocre à gauche et la Mer Rouge d'un bleu intense à droite, un véhicule isolé en contre-jour

À 140 km au sud de Hurghada, nous atteignons El Quseir. Et là, le ton du plan change. El Quseir est la seule ville de la côte qui a un âge — une vraie ville, qui existait avant le tourisme, avec son fort ottoman, ses maisons de corail coupé, ses ruelles qui descendent vers le port. Elle servait autrefois de point d’embarquement pour les pèlerins qui traversaient à La Mecque ; il en reste quelque chose dans la façon dont les façades se ressemblent, dans le rythme des portes en bois cloutées, dans le bruit assourdi du souk.

Le fort ottoman d’El Quseir, en surplomb du port, mérite la visite rapide — un quadrilatère de pierre à la restauration sobre, quelques canons de fonte couchés dans la cour, une exposition succincte qui raconte le trafic des pèlerins, des épices et plus tard du phosphate. 80 EGP l’entrée, trois quarts d’heure suffisent. Le vrai intérêt est la vue depuis les remparts sur la vieille ville et sur les tas de sel qui blanchissent encore, parfois, la pointe nord du port.

Nous y avons déjeuné sur une terrasse donnant sur le port, des sardines grillées et une salade d’oignon rouge, pour 280 EGP. Le patron, un homme maigre à moustache blanche, nous a parlé en français — il avait fait son service militaire au Caire dans les années quatre-vingt, et gardait le souvenir exact d’un officier belge qui lui avait appris à jurer. Nous sommes restés une heure de plus que prévu, rien que pour l’écouter. C’est ce genre d’heure qu’on vient chercher sur la Mer Rouge, et pas ailleurs.

Pour dormir, si vous voulez rester à El Quseir, il y a un hôtel que nous aimons — une ancienne demeure marchande reconvertie, murs de corail, cour intérieure, douze chambres seulement. 2 600 EGP la nuit. C’est la meilleure adresse de la côte, loin devant tous les resorts de Hurghada réunis. Réservation deux semaines à l’avance minimum.

El Quseir est ce qu’Hurghada aurait pu être, si on ne l’avait pas construite deux fois trop vite.

Marsa Alam

Depuis El Quseir, 140 kilomètres encore vers le sud mènent à Marsa Alam. La route se vide, les hôtels s’espacent, le désert se rapproche de la route au point de la mordre parfois. C’est le tronçon le plus beau du plan — celui où l’on roule longtemps sans croiser un autre véhicule, et où le silence, fenêtre ouverte, n’est rompu que par le vent et un klaxon lointain.

Marsa Alam elle-même n’est pas une ville, c’est une idée : un ancien petit port de pêcheurs auquel on a greffé, à trente kilomètres à la ronde, des eco-lodges dispersés. Chacun de ces lodges est à lui seul une adresse. Nous avons choisi l’un des plus austères — une dizaine de bungalows de pierre, pas de piscine, une plage privée longue de six cents mètres, pas de Wi-Fi dans les chambres, 3 400 EGP la nuit. Le restaurant sert un seul plat par service, qu’on mange sur la plage à la nuit tombée.

Marsa Alam se visite très peu : on y dort, on y plonge, on y nage avec les tortues à Abu Dabbab — une plage à 35 km au nord du centre, où les tortues vertes viennent brouter la zostère à quelques mètres du rivage. Nous y sommes allés à sept heures du matin, avant que les navettes n’arrivent. Nous avons nagé une heure entourés de trois tortues et, à un moment précis que nous ne raconterons pas, d’un dugong adulte. On ne revient pas intact d’une scène pareille.

Plus au sud encore, la route continue vers Berenice et vers la frontière soudanaise — nous ne sommes pas allés au-delà d’une borne militaire, 60 km après Marsa Alam, où un lieutenant poli mais ferme nous a conseillé de faire demi-tour. Nous avons obéi. On ne joue pas avec les frontières du sud égyptien sans papiers spéciaux.

Nous avons gardé, pour le dernier soir, une habitude que nous recommandons : une sortie en fin de journée sur la plage la plus proche de l’eco-lodge, une paire de masques, et une heure de nage silencieuse à fleur de récif, juste avant que le soleil ne se couche. La lumière rasante plonge sous la surface plus profond qu’on ne l’imagine, et les parois de corail deviennent, pendant vingt minutes, d’une couleur qu’aucune plongée à midi ne donne. C’est l’inverse d’une plongée technique — pas d’équipement, pas de guide, pas de profondeur. Juste la tête sous l’eau au bord d’un récif vivant. On sort de l’eau à la nuit tombée, on regagne la plage à pas lents, et l’on comprend pourquoi certains ne quittent plus la Mer Rouge.

Notes pratiques

Distance totale. Environ 400 km d’Hurghada à Marsa Alam aller simple. Comptez 2 jours minimum, idéalement avec nuit à El Quseir.

Conduite. Facile, route impeccable. Le seul vrai risque est l’hypnose de la ligne droite ; faites une pause toutes les heures et évitez de conduire après 18 h — les camions sont nombreux à ne pas avoir de phares fonctionnels.

Carburant. Stations à Hurghada (nombreuses), Safaga, El Quseir, Marsa Alam. Entre El Quseir et Marsa Alam, une seule, isolée, au kilomètre 70. Faites le plein en sortant d’El Quseir.

Quand venir. Octobre à avril. De mai à septembre, la chaleur sur la route est difficile — 42 °C à midi n’est pas rare — et les plongées perdent de leur confort.

Plongée. Si la plongée est votre raison d’être, Marsa Alam vaut Hurghada, avec en plus la garantie du calme. Les clubs sérieux parlent anglais, parfois français. Comptez 2 000 EGP la sortie à deux plongées, repas inclus.

Argent. Distributeurs à Hurghada, El Quseir et Marsa Alam. Hors de ces points, rien. Prévoyez 1 500 à 2 000 EGP en liquide pour les petites dépenses — cafés, pourboires, péages informels.

Snorkeling sans club. Plusieurs plages publiques au sud d’El Quseir sont accessibles librement et donnent directement sur le récif à quelques mètres. Apportez vos propres masques et tubas — les locations locales sont souvent fatiguées. Ne vous éloignez jamais au-delà de la ligne de corail et vérifiez toujours la direction du courant avant de vous mettre à l’eau.

Suite de bobine. Deux options. Soit vous remontez vers le nord pour rejoindre la vallée du Nil par Qena (si vous n’avez pas encore fait le Plan 01), soit vous continuez vers le nord jusqu’à Suez pour basculer vers le Sinaï par le tunnel d’Ahmed Hamdi — 450 km de Hurghada à Taba, une longue journée de route. C’est l’enchaînement que nous recommandons pour finir la Bobine VI côté est.

Si vous continuez le film au-delà de l’Égypte, la Jordanie et la mer Morte sont à portée de ferry depuis Nuweiba, ou par la route via Taba et le pont israélien. Nous traitons cette traversée dans la Bobine VII.

— Fin du Plan 02. Le sable de Marsa Alam reste dans les poches.

— Fin du Plan 02. Le sable de Marsa Alam reste dans les poches.