Plan 04 · BOBINE VI · Égypte

SINAÏ

et Sainte-Catherine
[ 04 : 08 : 00 — 04 : 18 : 00 ]
Voix off · Ouverture du plan

« Monter le Sinaï à trois heures du matin est une bizarrerie d'emploi du temps que seule la lumière du sommet justifie. »

Distance350 km Durée3 j VéhiculeSUV Timecode[ 04 : 08 : 00 — 04 : 18 : 00 ] TournageJanvier MMXXVI BobineBOBINE VI

Voix off — Ouverture du plan

« Monter le Sinaï à trois heures du matin est une bizarrerie d’emploi du temps que seule la lumière du sommet justifie. »

Mur d'enceinte en pierre ocre du monastère Sainte-Catherine à l'aube, ombre longue portée d'un cyprès, premiers rayons rasants éclairant la maçonnerie ancienne

Nous avons abordé le Sinaï par l’ouest, depuis Suez, après avoir bouclé à regret la Mer Rouge du Plan 02. Le franchissement du canal par le tunnel d’Ahmed Hamdi est un petit événement en soi : on descend sous le canal pendant une minute et demie, on remonte, et l’on est sur un autre continent administratif. Les plaques d’immatriculation changent peu, mais l’air est différent — plus sec, plus net. Le Sinaï est une péninsule à part, que l’Égypte tient avec un mélange de fierté et de prudence. Les check-points se multiplient à partir d’El Tor, et le plan commence vraiment.

Dahab — arrêt nécessaire

Il faut quatre heures de route depuis le tunnel pour atteindre Dahab, en longeant la côte ouest puis en traversant l’intérieur montagneux jusqu’à la côte est. La route est bonne, peu fréquentée, traversée par une faune rare d’ibex qu’on aperçoit parfois sur les crêtes. Nous sommes arrivés à Dahab en fin d’après-midi, avec le sentiment d’entrer dans une ville qui n’en est pas tout à fait une.

Dahab, si on la compare à Hurghada, est son contraire exact. Un village ancien de pêcheurs bédouins, installé entre deux lagons, auquel le tourisme a ajouté une couche — mais une couche légère, respectueuse, faite d’eco-lodges de plain-pied, de cafés à coussins posés à même le sable, de clubs de plongée où l’on parle quatre langues sans distinction de tarif. On y vient pour la plongée — le Blue Hole, 8 km au nord, est l’un des plus célèbres du monde et, pour les plongeurs expérimentés, un rite de passage — et pour la possibilité, rare en Égypte, de ne rien faire pendant deux jours.

Nous y avons passé deux nuits, dans un petit hôtel familial sur la promenade d’Assalah. 2 400 EGP la nuit, chambre donnant sur la mer, petit-déjeuner oriental sur la terrasse — pain plat, foul, fromage blanc, café. Le deuxième matin, nous avons nagé à l’Eel Garden, sans masque, pendant quarante minutes, à une distance du rivage qu’aucun guide raisonnable ne recommanderait. Nous n’avons croisé qu’un dauphin isolé, qui a lui-même eu l’air surpris de nous voir.

Nous avons dîné, les deux soirs, dans un petit restaurant de la promenade qui n’a pas de nom en lettres latines et qui sert le poisson entier grillé au feu de bois, accompagné d’une salade de tomates et d’un riz safrané. 350 EGP pour deux, l’addition écrite au crayon sur une nappe en papier. On y mange pieds nus, assis sur des coussins bas, le ressac à cinq mètres, et l’on y reste souvent plus longtemps qu’on ne l’avait prévu parce qu’un joueur de simsimiyya passe en général entre dix et onze heures. C’est un souvenir qui, à lui seul, justifie l’arrêt à Dahab avant la montée.

Le Blue Hole mérite qu’on en dise un mot honnête : c’est un site magnifique, mais c’est aussi le site de plongée le plus meurtrier de la planète, et les stèles commémoratives alignées à l’entrée ne mentent pas. Ne tentez jamais l’arche à 56 mètres sans une formation technique sérieuse. En palmes-masque-tuba, en revanche, le bord du trou offre l’un des tombants les plus accessibles du bassin méditerranéen. Restez sur le récif, ne suivez personne sous les 10 mètres.

Montée de nuit au Sinaï

Le troisième matin, nous quittons Dahab à midi — oui, midi, volontairement — en direction de Sainte-Catherine. La route quitte la côte pour s’enfoncer à l’intérieur de la péninsule : 130 kilomètres de montée lente à travers un paysage qui ne ressemble à rien d’autre en Égypte. Des roches rouges et grises, des défilés étroits, des vallées sèches où poussent par miracle des acacias et des tamaris, parfois un troupeau de chèvres conduit par un enfant bédouin. Le Sinaï intérieur est un massif qui monte progressivement — 1 600 mètres à l’arrivée au village de Sainte-Catherine, 2 285 au sommet du mont.

Route de montagne grise et sinueuse dans le Sinaï intérieur, roches rouges déchiquetées en arrière-plan, ciel bleu vif de début d'après-midi

Nous sommes arrivés vers seize heures, le temps de poser nos sacs dans un petit hôtel adossé au monastère — une ancienne auberge de pèlerins, chambres spartiates, 1 800 EGP la nuit, chauffage défaillant. Le plan prévoit de dormir très tôt, de se lever à deux heures du matin, et d’attaquer la montée du mont Sinaï dans le noir pour arriver au sommet avant le lever du soleil.

Au sommet du Sinaï, à cinq heures quarante du matin, le vent ne vous laisse pas oublier que vous êtes ici par choix.

Il y a deux voies pour monter. Le Chemin du Prophète Moïse (Sikket Sayidna Musa), trois mille sept cent cinquante marches taillées dans la pierre par les moines au Moyen Âge, est le plus court et le plus raide. Le Chemin du Chameau est plus doux, plus long, et se fait à dos de chameau si l’on renonce à la marche. Nous avons pris le second, à pied, avec un guide bédouin obligatoire (400 EGP pour deux) et une lampe frontale puissante. Départ à trois heures, arrivée au sommet à cinq heures trente-cinq, juste à temps. Compter deux heures quarante de marche pour l’aller, une heure quinze pour la descente, en prenant son temps.

Le sommet du Sinaï, à cette heure-là, est un chaos de pèlerins enveloppés dans des couvertures de laine louées au pied, un petit café géorgien où l’on sert du thé à 50 EGP le verre, une chapelle orthodoxe fermée, et un horizon à 360 degrés qui s’éclaire par paliers — d’abord le rose, puis l’or, puis le bleu franc. Nous n’avons pas parlé pendant les vingt dernières minutes. Personne ne parle vraiment au sommet du Sinaï ; on écoute le vent et on attend.

Monastère Sainte-Catherine

La descente nous ramène au village à huit heures, juste à temps pour l’ouverture du monastère Sainte-Catherine, qui se visite entre neuf heures et midi, du lundi au jeudi et le samedi — pas le vendredi, pas le dimanche, prenez-en note. Le monastère est le plus ancien établissement chrétien encore habité au monde. Il a été fondé par Justinien en 548, il abrite la plus vieille bibliothèque monastique continue de la planète, et son buisson ardent — qui serait celui de l’Exode — pousse dans une cour intérieure qu’on peut regarder sans toucher. L’entrée est gratuite mais les donations sont espérées ; la basilique byzantine, elle, vaut qu’on s’y arrête longtemps, pour ses icônes du VIᵉ siècle qui ont survécu à l’iconoclasme parce que le monastère se trouvait, à l’époque, en dehors de l’Empire.

Nous y avons passé une heure et demie, en silence, en grande partie seuls — les cars de touristes arrivent surtout après onze heures, et nous étions repartis à dix. C’est le bon conseil : entrez à neuf, ressortez avant onze. Le reste de la journée, redescendez lentement sur la côte est par la route vers Nuweiba, 80 km de défilés et de plateaux, avec un arrêt à Ain Umm Ahmed, la grande palmeraie aux sources chaudes, pour déjeuner un sandwich bédouin à l’ombre.

Nous gardons un souvenir particulier de l’intérieur de la basilique — non pas tant pour ses icônes, pourtant extraordinaires (le Christ Pantocrator du VIᵉ siècle vaut à lui seul le voyage), que pour la présence d’un moine grec au visage buriné qui, voyant notre silence attentif, nous a fait signe de passer derrière l’iconostase. Nous avons vu, de près, les boiseries byzantines d’origine, un Évangile enluminé exposé sous un couvercle de verre, et — cadeau inattendu — le reliquaire d’argent contenant le crâne de sainte Catherine d’Alexandrie, qui n’est normalement pas visible au public. Nous ne saurions pas expliquer pourquoi ce moine nous a ouvert cette porte. Nous nous sommes contentés de dire efkharistó à voix basse et de ressortir sur la cour intérieure en marchant très lentement.

Nous avons terminé la bobine à Nuweiba, le soir, sur la terrasse d’un hôtel en bord de mer, le café turc fumant dans un petit verre, la côte saoudienne devinée en face à l’horizon, et le ferry pour Aqaba qui, le lendemain matin, emporterait une partie de l’équipe vers la Bobine VII. On ne termine pas mieux une scène.

Notes pratiques et sécurité

Sécurité. Le Sinaï intérieur — l’axe El Tor → Sainte-Catherine → Dahab → Nuweiba — est tranquille et bien surveillé. Le nord du Sinaï (au-dessus d’Al-Arich) est à éviter absolument, et d’ailleurs fermé aux étrangers sans convoi militaire. Respectez cette ligne. Les check-points sont fréquents sur la route Suez → El Tor : passeport sur le siège passager, attitude patiente, sourire.

Nuit. Ne conduisez pas de nuit dans le Sinaï intérieur — les chèvres, les ibex et les routes à virages rendent l’exercice risqué. Prévoyez d’arriver à Sainte-Catherine avant le coucher du soleil (17 h en janvier).

Montée. Prévoyez chaud au sommet : 2 à 5 °C en janvier, avec vent. Une polaire, une veste, un bonnet, des gants. Une lampe frontale puissante (pas le téléphone). Deux litres d’eau par personne. Des chaussures de marche réelles.

Horaires du monastère. Du samedi au jeudi, 9 h à 12 h. Fermé vendredi et dimanche. Arrivez à 9 h précises, ressortez avant 11 h si vous voulez le calme.

Retour. Deux options : repasser par le tunnel pour rentrer au Caire (350 km depuis Nuweiba, longue journée), ou prendre le ferry de Nuweiba à Aqaba pour continuer en Jordanie. Le ferry rapide est fiable, 1h30 de traversée, 600 EGP par personne plus le tarif véhicule ; il part en principe une fois par jour, mais les horaires changent — vérifiez à votre hôtel la veille, pas en ligne.

Argent et carburant. Distributeurs à Dahab, Nuweiba et El Tor. Aucun à Sainte-Catherine — faites le plein à Dahab avant de monter, et retirez le liquide dont vous aurez besoin pour les deux jours dans le massif. Comptez 2 000 EGP pour l’hôtel, le guide de nuit, les pourboires et les repas.

Pourboires au monastère. Le monastère ne facture pas l’entrée mais attend une donation — 100 à 200 EGP par personne est correct. Si un moine vous guide, 50 EGP supplémentaires dans une discrétion absolue (jamais ostensiblement, jamais dans sa main directement — on laisse l’enveloppe sur une console en partant).

Pour continuer le film. Si vous enchaînez vers la Bobine VII, commencez par la mer Morte et Aqaba, puis remontez sur Wadi Rum et le bivouac sous les étoiles — c’est la suite logique, géographique et atmosphérique, et c’est d’ailleurs dans cet enchaînement que nous avons tourné la suite du film. Si vous repartez en arrière vers la côte pour boucler, la Mer Rouge du Plan 02 vous attend par Taba et Suez.

— Fin du Plan 04. Fin de la Bobine VI. Café turc à Nuweiba.

— Fin du Plan 04. Fin de la Bobine VI. Café turc à Nuweiba.