Plan Plan 05 · Bobine IV · Maroc

CÔTE ATLANTIQUE

Agadir → Essaouira
[ 02 : 31 : 00 — 02 : 41 : 00 ]
Voix off · Ouverture du plan

« Sur la côte atlantique, le vent a signé avant l'architecte — les maisons y sont courbées d'avance. »

Distance250 km Durée2 j VéhiculeCompacte Timecode[ 02 : 31 : 00 — 02 : 41 : 00 ] TournageMars MMXXV BobineBobine IV

Voix off — Ouverture du plan

« Sur la côte atlantique, le vent a signé avant l’architecte — les maisons y sont courbées d’avance. »

Pointe rocheuse au sud de Taghazout en fin d'après-midi, écume blanche qui explose sur un basalte noir, silhouettes minuscules de surfeurs au lineup qui attendent une série

Il y a deux façons de faire la côte atlantique marocaine : dans un sens ou dans l’autre. Dans l’autre, on part d’Essaouira et l’on descend vers Agadir, le vent dans le dos, les falaises qui se dérobent sous le regard. Dans l’autre sens, on part d’Agadir et l’on remonte vers Essaouira, le vent de face, la lumière qui se redresse. Nous avons choisi la seconde option, non par masochisme, mais parce qu’elle raconte mieux — on monte vers la fin, vers le vent, vers les remparts. 250 kilomètres en deux jours, une compacte, un coupe-vent, et le regret unique de ne pas avoir pris trois jours au lieu de deux.

Agadir — utilité et limites

Disons-le tout de suite : Agadir n’est pas une ville à visiter. Elle a été presque entièrement détruite par le tremblement de terre du 29 février 1960 — douze mille morts, une ville rasée en quinze secondes — et reconstruite à la hâte dans le style balnéaire international des années soixante-dix : hôtels-blocs, promenade plantée d’agaves, marina récente, plage de cinq kilomètres bordée de palmiers. Ceux qui y viennent pour une semaine en club ne sortent jamais du quadrilatère hôtels-plage-souk, et ne voient d’Agadir que ce qu’Agadir veut bien leur montrer. Nous n’y avons pas dormi. Mais nous y avons atterri (l’aéroport Al Massira, à 25 km au sud-est, est l’un des meilleurs points d’entrée pour le sud marocain) et nous y avons récupéré notre voiture de location.

Agadir a deux utilités pour le voyageur de Cap Soleil : récupérer un véhicule (les loueurs y sont plus compétitifs qu’à Marrakech, comptez 400 à 600 DH/jour pour une compacte en basse saison) et faire un premier plein d’essence raisonnable avant de filer vers le nord. Tout le reste — la kasbah d’Agadir Oufella sur la colline, la corniche, le port de pêche — se visite en trois heures si l’on y tient, se saute sans regret si l’on ne les a pas. Nous sommes partis à midi, et à midi trente nous étions au nord de la ville, sur la route P1001 qui épouse la falaise.

Taghazout et les criques

Petite crique déserte entre deux falaises rouges au nord de Taghazout, sable humide sans trace de pas, reflet du ciel dans une flaque, horizon atlantique vide

Taghazout est devenu, en une quinzaine d’années, la capitale marocaine du surf. Village de pêcheurs jusque dans les années 2000, il s’est mué en un alignement de cafés à jus verts, de guesthouses à 400 DH et d’écoles de surf tenues par de jeunes Marocains qui parlent couramment l’anglais. Les vrais surfeurs — ceux qui viennent d’octobre à mars pour les reefs de Killer Point, Anchor Point ou La Source — le savent bien : la saison, c’est l’hiver. En été, les vagues se calment et Taghazout redevient une plage familiale.

Nous y sommes arrivés en mars, en pleine saison. Les guesthouses étaient pleines, les spots étaient pris à six heures du matin, et nous avons dû dormir un peu plus au nord, dans le village d’Aourir — moins glamour mais tenant. Ce qui nous intéressait n’était d’ailleurs pas Taghazout lui-même, qui tient en trois ruelles, mais la côte au nord : une succession de petites criques accessibles par de courtes pistes depuis la P1001, la plupart sans nom sur les cartes, quelques-unes signalées par des panneaux improvisés — Plage Blanche, Crique des Trois Rois. Ces criques sont le secret de la côte atlantique nord d’Agadir. Certaines sont fréquentées, d’autres sont vides même en pleine journée. Nous avons choisi une crique à trente-cinq kilomètres au nord de Taghazout (nous ne donnerons pas le kilomètre exact ; qu’elle reste un peu cachée), accessible par une piste en terre de 800 mètres négociable en compacte par temps sec. Une plage de 150 mètres entre deux falaises de grès rouge, pas une âme, pas un déchet, le bruit des vagues qui se brisent sur une langue de sable fin. Nous y sommes restés deux heures. Nous y avons pique-niqué du pain, du fromage frais et des olives achetés au marché d’Aourir. C’était l’un des meilleurs moments de la Bobine IV.

YOUSSEF · V.O.

« Avant, il n’y avait personne ici. Maintenant il y a les surfeurs. Mais si vous marchez dix minutes vers le nord ou dix minutes vers le sud, il n’y a toujours personne. C’est ça, l’Atlantique marocain — il suffit de faire dix pas de côté. »

Youssef est pêcheur à Aourir et loue accessoirement deux chambres dans sa maison. Sa phrase est un programme. Le tronçon Agadir → Essaouira est, de notre point de vue, l’endroit du Maroc où le ratio effort-récompense est le plus favorable pour qui cherche le calme : dix minutes de marche, dix kilomètres de voiture, et l’on retrouve la côte vide.

L’Atlantique marocain n’est pas à cacher — il est à partager discrètement, à voix basse.

Sidi Kaouki, puis Essaouira

Au nord de Taghazout, la P1001 devient la P1002 puis rejoint la N1 après Tamri, et l’on file dans les terres pendant une quarantaine de kilomètres avant de retrouver la mer près de Tamanar (capitale de l’argan, il faut absolument s’y arrêter pour acheter une bouteille d’huile dans une coopérative féminine certifiée — nous conseillons la coopérative Tighanimine, 160 DH le litre d’huile alimentaire, 220 DH cosmétique, et l’argent va bien aux femmes qui travaillent). Puis la route redescend vers Sidi Kaouki, petit village de bord de mer à 25 km au sud d’Essaouira.

Sidi Kaouki est une merveille. Une longue plage rectiligne de six kilomètres exposée plein ouest, un vent constant qui en fait un paradis du kitesurf, deux ou trois cafés en bois, un marabout blanc sur la falaise, un hôtel de charme (Villa Soleil ou équivalent, 1 500 DH la nuit) tenu par un couple franco-marocain qui sert un très bon dîner aux chandelles. Nous y avons dormi — par hasard, parce qu’Essaouira était pleine — et nous y sommes restés un jour de plus. C’est l’une des rares fois de notre film où nous avons modifié l’itinéraire pour ne pas partir. Cela arrive lorsque la mer a raison du plan.

Le matin suivant, il a suffi de vingt-cinq kilomètres pour atteindre Essaouira — la même ville que nous avions abordée par l’est dans le Plan 01, cette fois sous un angle différent, par le sud. On arrive par les plages vides, la plage d’Essaouira elle-même (trois kilomètres de sable blanc où l’on peut conduire — enfin, on pouvait ; les autorités ont posé des barrières en 2023), et l’on entre dans la ville par Bab Marrakech, la porte sud. Nous n’y avons pas repris d’adresse — nous avions déjà donné nos deux adresses dans le Plan 01.

Deux adresses

Une pour manger, une pour dormir, et c’est tout.

Manger à Sidi Kaouki : un petit restaurant de bord de plage dont le nom change tous les deux ans et dont la cuisine ne change pas — sardines grillées au charbon, salade marocaine, pain frais, un verre de rosé de Meknès. Compter 200 DH pour deux, vue mer comprise. Il n’y a qu’un seul établissement qui tient vraiment, et on le reconnaît à ce que ses tables ont été brûlées par le vent.

Dormir à Aourir : chez Youssef (ou chez un de ses voisins qui fait la même chose). Pas d’enseigne, pas de site web, un numéro de téléphone qu’on obtient par bouche à oreille au café du village. Chambre simple à 350 DH, petit déjeuner à la menthe, rien de luxueux — et une authenticité qui coûte beaucoup plus cher à fabriquer qu’à rencontrer. Ce genre d’hébergement disparaît vite au Maroc. Il faut en profiter pendant qu’il existe.

Notes pratiques

  • Distance totale : 250 km d’Agadir à Essaouira en suivant la P1001 puis la N1. Compter 4 h 30 de conduite pure, une journée et demie à deux jours avec les arrêts. La route est presque entièrement côtière et excellente.
  • Essence : stations régulières. Faire le plein à Agadir (le moins cher de la côte) et au besoin à Tamanar (mi-parcours).
  • Vent : c’est le sujet principal de toute la côte. En mars-avril et octobre-novembre, l’alizé souffle entre 20 et 40 km/h ; en juin-août, il peut dépasser 60 km/h, ce qui rend la baignade impossible et le parasol dangereux. Emportez un coupe-vent même en été.
  • Baignade : la température de l’eau oscille entre 16 °C en février et 22 °C en septembre. C’est frais mais supportable si l’on est préparé.
  • Surf : la saison va de septembre à avril pour les houles d’hiver. Les débutants trouvent toute l’année des beach breaks accessibles à Taghazout et Sidi Kaouki ; les experts visent les points d’Anchor, Killer et Boilers.
  • Droits de circulation : plusieurs plages (notamment celle d’Essaouira) ont été fermées aux voitures en 2023. Se garer sur les parkings officiels et ne pas insister si une barrière apparaît.

Pour fermer la boucle et revenir à l’est par la route de l’amandier, retour au Plan 01. Pour prendre la montagne avant la mer, le Plan 04 — Haut Atlas fait la transition parfaite depuis Taroudant. Pour une côte cousine, plus courte et plus orientale, voir en Tunisie Djerba et le sud tunisien.

— Fin du Plan 05. Sable dans les chaussures, sel sur les lunettes.

— Fin du Plan 05. Sable dans les chaussures, sel sur les lunettes.