Plan Plan 04 · Bobine IV · Maroc

HAUT ATLAS

Tichka & Test
[ 02 : 20 : 00 — 02 : 31 : 00 ]
Voix off · Ouverture du plan

« Le Tichka n'est pas une route — c'est une question posée à la voiture : combien de fois voulez-vous changer de vitesse en une heure ? »

Distance300 km Durée2 j VéhiculeDacia Duster 4×4 (SUV recommandé) Timecode[ 02 : 20 : 00 — 02 : 31 : 00 ] TournageAvril MMXXV BobineBobine IV

Voix off — Ouverture du plan

« Le Tichka n’est pas une route — c’est une question posée à la voiture : combien de fois voulez-vous changer de vitesse en une heure ? »

Virages en épingle du col du Tichka vus depuis un éperon rocheux, barrière blanche de sécurité, route N9 qui serpente en lacets serrés, cimes enneigées de l'Atlas au fond

Le Haut Atlas est le vrai cœur mécanique du Maroc — pas son centre géographique, mais son centre hydraulique et tectonique. C’est une chaîne qui court sur huit cents kilomètres d’ouest en est, qui culmine au Jebel Toubkal à 4 167 mètres, et qui sépare physiquement le pays en deux moitiés que tout oppose : la côte atlantique au nord-ouest, le Sahara au sud-est. Nos deux cols — Tichka et Test — sont les deux points de passage motorisés principaux. Le Tichka est devenu presque trop connu ; le Test, beaucoup moins. Nous les avons faits tous les deux en deux jours, en avril MMXXV, dans un Dacia Duster qui a mérité son salaire.

Le col du Tichka

Le col du Tichka (Tizi n’Tichka, « col des pâturages » en berbère) est une institution au Maroc. Il culmine à 2 260 mètres sur la route N9, à 86 kilomètres au sud-est de Marrakech, et c’est le principal axe de communication entre Marrakech et le grand sud — Ouarzazate, les kasbahs, Zagora, Merzouga. Tout ce qui descend vers les dunes passe par là. Cela signifie deux choses : la route est correcte (elle a été refaite et élargie entre 2017 et 2021 par un groupement chinois), et elle est encombrée. Aux heures ouvrables d’une journée de semaine, comptez un autocar tous les quinze lacets, un camion-citerne tous les vingt, une Mercedes 207 tous les cinq. On ne peut pas rouler vite — et c’est tant mieux.

Nous sommes partis de Marrakech à six heures trente, avec l’idée de franchir le col avant les premiers autocars touristiques de neuf heures. Le calcul a marché : à neuf heures pile, nous étions au sommet, à siroter un café à 20 DH dans la baraque du col — une cabane de bois avec des drapeaux marocains passés. Le panorama, à cette heure, est complet : d’un côté, les cimes encore enneigées du massif du M’Goun ; de l’autre, la descente vertigineuse vers les plaines rouges qui mènent à Ouarzazate. Et surtout, derrière le comptoir, un jeune homme qui parlait un français parfait et qui nous a raconté la route.

AZIZ · V.O.

« Mon père conduisait le Tichka avant qu’il soit goudronné. Sept heures de Marrakech à Ouarzazate, parfois douze en hiver. Il disait qu’une bonne voiture, à l’époque, c’était une voiture qui avait perdu sa peinture. »

Nous avons quitté le sommet pour la descente sud — 65 kilomètres de lacets plus larges mais plus interminables, jusqu’à Agouim, puis Amerzgane, puis Aït Ben Haddou (que nous avions déjà tourné dans le Plan 02). Sur ce versant sud, la route ne cesse de perdre de l’altitude pendant une heure, les températures montent visiblement, et l’on voit l’argan remplacer le chêne-liège. C’est la meilleure démonstration en temps réel du changement biogéographique produit par l’Atlas.

Variante sublime : à 8 kilomètres du sommet sur le versant sud, une petite route goudronnée bifurque sur la gauche vers Telouet. C’est la vieille route royale, celle qu’empruntaient les caravanes avant 1936, et elle mène à la kasbah du Glaoui — une ruine somptueuse et partiellement restaurée qui a été l’un des sièges du pouvoir berbère au début du XXᵉ siècle. Nous avons fait le détour (18 km aller, une heure de visite, entrée 30 DH) et nous le recommandons vivement à qui a une demi-journée devant lui. La kasbah de Telouet, avec ses plafonds peints, ses stucs andalous et son silence, est dix fois plus émouvante qu’Aït Ben Haddou — parce qu’elle n’a pas été lissée pour les tournages.

Villages de l’Atlas

Village berbère en terrasses agricoles sur versant d'Atlas, maisons en pisé ocre groupées, champs d'orge en gradins irrigués, lumière dorée de fin d'après-midi

Entre Telouet et Amerzgane, nous avons fait ce que nous recommandons à tous les voyageurs du Tichka : nous avons quitté la route principale. Une piste carrossable (goudron dégradé puis terre tassée, 2 km, Dacia Duster largement suffisant) mène à un hameau de Tizgui n’Berdi — une quinzaine de maisons de pisé, deux fours à pain communautaires encore en service, un vieux cèdre qui fait de l’ombre à la place centrale. Il n’y a rien à voir, au sens touristique du terme. Il y a tout à regarder, au sens humain du terme. Nous y sommes restés une heure, à observer les femmes revenir de l’école avec leurs enfants, et un vieillard qui sculptait un manche de pioche sur un pas de porte. Nous avons bu un thé offert dans une maison où personne ne parlait français, en se comprenant par gestes et par sourires.

C’est dans ces villages qu’on comprend le vrai Atlas — pas dans les kasbahs-musées, pas dans les hôtels de charme, pas même au col. L’Atlas est un pays de vie collective, de terrasses agricoles conquises sur la pente, d’irrigation ancestrale qui dépend d’un conseil d’anciens plutôt que d’une carte IGN. Il est en train de changer — les jeunes partent à Marrakech et à Agadir, les écoles se vident, et certains hameaux sont aujourd’hui à moitié abandonnés. Mais ce qui reste tient encore debout, et c’est l’une des expériences les plus rares du Maroc. Il faut s’y arrêter avec humilité — ne rien photographier sans demander, ne pas entrer dans une maison sans être invité, et accepter un verre de thé même si l’on a peur pour son estomac.

Dans les villages de l’Atlas, l’hospitalité n’est pas un folklore — c’est une règle juridique ancienne. Refuser un thé est plus grave que mal se garer.

Le col du Test — plus sauvage

Après une nuit à Ouarzazate, nous avons repris la route pour le col du Test (Tizi n’Test), qui culmine à 2 092 mètres sur la route R203 entre Marrakech et Taroudant. Le Test, c’est le versant oublié du Haut Atlas — moins élargi, moins neuf, beaucoup moins fréquenté. C’est aussi, et de loin, le plus beau des deux cols.

La R203 n’a pas été élargie. Elle fait souvent une voie et demie, parfois juste une voie. Les parapets sont anciens — certains datent des années trente, de l’époque où la route a été ouverte par les militaires français. Les virages sont plus serrés, plus nombreux, et les camions y sont rares parce que la route leur est déconseillée. Le paysage, en revanche, est d’une beauté austère : versants de cèdres, falaises rouges, quelques vautours, deux ou trois hameaux isolés, et une mosquée Tin Mal (XIIᵉ siècle) qu’on peut visiter à mi-chemin — l’une des rares mosquées marocaines ouvertes aux non-musulmans, et l’un des joyaux architecturaux du pays, malheureusement endommagée par le tremblement de terre de septembre 2023 et en cours de restauration.

La descente sud vers Taroudant est magnifique : 75 kilomètres qui passent d’un paysage alpin à un paysage saharien en deux heures, avec à l’arrivée une petite ville fortifiée entièrement entourée de remparts en pisé — Taroudant est surnommée « la petite Marrakech » par les Marocains eux-mêmes, et c’est injuste : elle est plus petite, plus calme, plus humaine. Nous y avons dormi une nuit, dans un petit riad à 850 DH, et nous y retournerons. C’est, avec Essaouira, la deuxième ville du Maroc où l’on peut imaginer habiter.

Attention : la R203 peut être fermée en hiver (décembre à février) après neige. Vérifier la veille au 177, ou à la gendarmerie d’Ouirgane côté nord. Et partir tôt : la route est lente, compter cinq heures de Marrakech à Taroudant, six si l’on s’arrête à Tin Mal.

Notes pratiques (pneus, eau, essence)

  • Itinéraire complet : Marrakech → col du Tichka → Telouet (détour) → Ouarzazate = 220 km / 5 h. Puis Ouarzazate → col du Test → Taroudant ou retour Marrakech = 280 km / 6 h. Au total : 300 km effectifs de route de montagne, 500 avec la boucle.
  • Véhicule : SUV fortement conseillé. Une compacte passe sur la N9 (Tichka) mais souffrira sur la R203 (Test) en cas de pluie ou sur les derniers kilomètres étroits. Pour les détours vers Telouet et vers les hameaux, un Duster 4×4 est idéal.
  • Pneus : vérifier la pression et l’état la veille. Sur 300 kilomètres de montagne, un pneu faible devient un pneu mort. Un pneu de secours gonflé est obligatoire — au Maroc, c’est la loi, et personne ne plaisante avec.
  • Eau : emporter au moins 3 litres par personne. Les villages de l’Atlas n’ont pas toujours d’eau en bouteille à vendre, et les sources n’ont pas la même flore microbienne que le robinet français.
  • Essence : faire le plein à Marrakech avant de partir. Stations à Taddert (km 90) et au sommet du Tichka, mais parfois en rupture. Sur le Test, une station à Ouirgane et une autre à Taroudant — rien au milieu.
  • Freins : les longues descentes du Tichka et du Test chauffent les freins des voitures de location peu entretenues. Descendre en rapports inférieurs (3ᵉ ou 2ᵉ), utiliser le frein moteur, ne pas freiner en continu.
  • Saison : mars à juin, et septembre à début novembre. Éviter janvier-février (neige possible sur les deux cols). L’été est praticable mais chaud, 40 °C à Taroudant.
  • Mal des montagnes : rare sous 3 000 m mais 2 260 m peuvent suffire chez certains sujets sensibles. Boire, manger léger, ne pas brûler l’étape.

Pour prolonger vers le sud désertique, le Plan 06 — Merzouga et Erg Chebbi prend le relais après Ouarzazate. Pour repartir vers l’ouest et la côte, voir le Plan 02 — Route des kasbahs qui éclaire l’arrière-pays de Ouarzazate. Et pour qui veut comparer avec une autre chaîne de montagnes du monde arabe, le Jebel Akhdar et Jebel Shams en Oman offre une symétrie saisissante — mêmes altitudes, même géologie calcaire, climat radicalement différent.

— Fin du Plan 04. Les freins tiennent, le cœur aussi.

— Fin du Plan 04. Les freins tiennent, le cœur aussi.