Plan Plan 02 · Bobine IV · Maroc

ROUTE DES KASBAHS

Ouarzazate · Dadès · Todra
[ 02 : 00 : 00 — 02 : 10 : 00 ]
Voix off · Ouverture du plan

« On dit qu'il y a mille kasbahs sur cette route — nous en avons vu onze vraiment, et c'était déjà trop pour un seul carnet. »

Distance400 km Durée3 j VéhiculeDacia Duster 4×4 (SUV léger recommandé) Timecode[ 02 : 00 : 00 — 02 : 10 : 00 ] TournageMars MMXXV BobineBobine IV

Voix off — Ouverture du plan

« On dit qu’il y a mille kasbahs sur cette route — nous en avons vu onze vraiment, et c’était déjà trop pour un seul carnet. »

Aït Ben Haddou vu depuis la rive opposée à l'heure bleue, silhouette de la kasbah découpée sur le ciel, ombre portée immense sur la rivière sèche de l'Oued Mellah

Nous avons commencé cette Scène à Marrakech, par une matinée froide de mars où les toits de la Koutoubia fumaient encore de la nuit. La route N9 — celle qu’on appelle la route du Tichka — est la porte d’entrée classique au grand sud marocain. Nous l’avons prise à sept heures, café encore tiède entre les genoux, pour avaler les 196 kilomètres qui séparent Marrakech d’Ouarzazate avant que les autocars n’encombrent les virages. Quatre heures plus tard, de l’autre côté du col, nous étions dans un pays qui n’avait plus rien à voir avec celui du petit matin. C’était le Maroc des kasbahs, le Maroc de la terre rouge, celui qu’on vient chercher quand Marrakech a cessé de suffire.

Ouarzazate et Aït Ben Haddou

Ouarzazate n’est pas une belle ville. Disons-le simplement : c’est une ville de garnison devenue ville de cinéma, étalée sans grâce au pied d’un plateau caillouteux, à 1 160 mètres d’altitude. Les studios Atlas et CLA sont les plus grands d’Afrique ; on y a tourné Gladiator, La Momie, Game of Thrones, et une quantité invraisemblable de productions qui ont confondu le Maroc avec l’Égypte, la Libye et la Judée antique. La ville en a tiré une prospérité étrange — beaucoup de 4×4, beaucoup de restaurants moyens, beaucoup d’hôtels neufs en pisé factice. Nous n’y avons pas dormi. Nous avons poussé trente-deux kilomètres plus loin, jusqu’à Aït Ben Haddou, et nous avons eu raison.

Aït Ben Haddou est un ksar — une forteresse de terre — classé à l’UNESCO depuis 1987. C’est le cliché absolu du sud marocain : tours d’angle crénelées, ruelles en pente, palmiers en contrebas, oued à sec. Sur les cartes postales il semble monumental ; sur place il est petit, presque intime — on en fait le tour en quarante minutes. Mais l’heure à laquelle on y arrive change tout. À midi, sous un soleil blanc, le ksar est décevant ; à dix-sept heures quand la lumière vire à l’orange cuivré, il devient ce pour quoi on a roulé cinq heures. Nous avons dormi dans un petit riad sur la rive moderne du village — Kasbah Ellouze, 900 DH la nuit pour deux, demi-pension comprise, six tables au dîner, un tajine d’agneau aux coings qui justifiait le déplacement à lui seul. Le matin, à six heures, la terrasse donne sur le ksar vide : c’est à ce moment-là qu’il faut le photographier, avant que le premier autocar de Marrakech ne déverse son lot.

MOHAMED · V.O.

« Quand j’étais petit, nous habitions là-haut, dans le ksar. Le vent passait sous les portes, il y avait des scorpions dans les murs. Aujourd’hui nous habitons en bas. Le confort, c’est une forme de tristesse. »

Mohamed tient un café de l’autre côté du pont. Sa phrase mérite qu’on s’y arrête — elle dit, en deux lignes, ce que tous les documentaires sur le patrimoine berbère peinent à formuler en quatre-vingt-dix minutes.

Gorges du Dadès

Route R704 des gorges du Dadès serpentant en virages en épingle entre falaises ocre et rouge, petite voiture blanche pour l'échelle

De Ouarzazate aux gorges du Dadès, il y a 112 kilomètres sur la N10 — une nationale correcte qui file droit par Skoura et sa célèbre palmeraie, puis Kelâat M’Gouna, capitale marocaine de la rose à parfum. Nous avons traversé Kelâat à la mauvaise saison — la cueillette commence en mai, les distilleries étaient fermées — mais le simple fait de voir les haies de rosiers alignées le long des champs, même nus, suffit à comprendre pourquoi les parfumeurs de Grasse viennent s’approvisionner ici.

À Boumalne-Dadès, on quitte la N10 pour prendre la R704, qui s’enfonce dans les gorges du Dadès comme une aiguille dans un tissu plié. C’est là que le Maroc devient vraiment spectaculaire. Les premiers kilomètres sont doux — palmeraie, petits villages de pisé, enfants qui vendent des fossiles sur le bas-côté — et puis la vallée se resserre brutalement. Les falaises dépassent deux cents mètres par endroits, les couleurs passent du rouge au jaune et au gris dans le même virage. La route elle-même, au kilomètre 27, fait l’une des séquences de virages en épingle les plus photographiées du Maroc : sept lacets superposés, une vue plongeante sur l’oued, une terrasse de café construite exprès pour les prises de vue. Nous y avons bu un thé à 20 DH en regardant les Land Cruiser des agences de Marrakech descendre en file indienne.

Dormir dans le Dadès : nous avons choisi le Chez Pierre (ou un équivalent — l’adresse exacte importe moins que le principe), à la fin de la section goudronnée, à 1 700 mètres d’altitude. Chambre à 950 DH, cheminée dans la chambre, dîner berbère simple — bissara, tajine, dattes. À cette altitude, en mars, il fait sept degrés la nuit. Nous avons dormi avec deux couvertures et le son de la rivière en bas.

La R704 n’est pas une route — c’est un fil qu’on dévide et qu’on ne sait plus remonter.

Gorges du Todra et Tinghir

Palmeraie de Tinghir en contre-plongée depuis les terrasses d'irrigation, détail de régimes de dattes, petit canal à ciel ouvert, ombres d'après-midi

Le lendemain, il faut faire marche arrière jusqu’à Boumalne-Dadès, reprendre la N10 vers l’est, et continuer 53 kilomètres jusqu’à Tinghir. Tinghir est plus grande qu’on ne s’y attend — 50 000 habitants, un marché couvert animé, un très bel hôpital construit par la coopération française. Mais on n’y vient pas pour la ville ; on y vient pour la palmeraie, qui s’étend sur une quinzaine de kilomètres le long de l’oued Todra, et pour les gorges du Todra qui s’ouvrent trois kilomètres au nord.

Nous avons pris notre temps dans la palmeraie. C’est un monde miniature, entièrement irrigué par un système de canaux — les seguias — entretenu collectivement depuis des siècles. On y marche entre les dattiers, on y croise des femmes qui lavent du linge dans un filet d’eau, on y voit encore des champs de luzerne cultivés à la main. Puis la vallée se resserre en quelques centaines de mètres, les falaises se dressent à la verticale, et l’on pénètre dans les gorges du Todra — un goulet d’à peine dix mètres de large entre deux murs de trois cents mètres de haut. La route passe littéralement dans le lit de l’oued, et l’on peut s’y arrêter pour toucher la falaise du bout des doigts. C’est un lieu de grimpe célèbre ; par temps frais, les grimpeurs français et espagnols y sont plus nombreux que les touristes marocains.

Attention : au-delà des gorges, la R703 continue vers le nord en direction d’Aït Bougmez et du Haut Atlas central, mais le revêtement se dégrade vite. Pour une compacte, nous conseillons de faire demi-tour aux gorges. Pour un SUV, la piste vers Agoudal est faisable en trois heures, magnifique, et totalement déserte — mais c’est un autre plan, pour un autre film.

Trois kasbahs-hôtels choisies

Sur cette route, les kasbahs-hôtels se comptent par dizaines, et beaucoup sont de qualité médiocre — pisé rapiécé, WiFi inexistant, cuisine tiède. Nous n’en retenons que trois, toutes testées.

Étape Adresse Prix (mars MMXXV) À retenir
Aït Ben Haddou Kasbah Ellouze 900 DH / chambre double, demi-pension Terrasse au lever du jour, tajine aux coings, propriétaire qui connaît vraiment le ksar
Skoura (palmeraie) Dar Ahlam (pour un luxe assumé) ou Les Jardins de Skoura (plus modeste) 3 200 DH / 1 100 DH Dar Ahlam est l’un des plus beaux hôtels du Maroc, tous budgets confondus ; Les Jardins offrent 80 % de l’atmosphère pour 1/3 du prix
Dadès (haut de gorge) Chez Pierre ou équivalent à 1 700 m 950 DH / chambre double, demi-pension Cheminée, lits chauds, silence total, dîner berbère honnête

Nous avons volontairement laissé de côté les kasbahs-musées — Kasbah Taourirt à Ouarzazate, Kasbah Amridil à Skoura — qui se visitent en trente minutes mais où l’on ne peut pas dormir. Elles valent la visite, pas la mention hôtelière.

Notes pratiques

  • Kilométrage total : 400 km environ sur trois jours, en comptant la boucle Marrakech → Ouarzazate (N9, 196 km, 4 h) → Aït Ben Haddou (N9/R307, 30 km) → Skoura → Dadès (N10/R704, 160 km) → Todra (N10/R703, 70 km). Le retour sur Marrakech se fait en six heures par la N9, ou l’on continue vers Merzouga.
  • Véhicule : un SUV léger suffit. Un Dacia Duster 4×4 est parfait, un Renault Clio passera partout sauf sur la piste vers Agoudal.
  • Essence : stations régulières dans toutes les villes étapes. Faire le plein à Ouarzazate avant de partir vers l’est — entre Boumalne et Tinghir, il n’y a qu’une station, souvent en rupture de gazole.
  • Altitude : le col du Tichka à 2 260 m peut être fermé en janvier-février après chute de neige. En mars, vérifier la veille au 177 (info trafic marocain).
  • Argent : prévoir du liquide. De nombreux riads de gorge n’acceptent pas la carte, et les distributeurs se font rares à partir de Boumalne-Dadès.
  • Conduite : attention aux enfants qui vendent des fossiles et des minéraux sur le bord de la R704 — ils surgissent dans les virages, ralentir systématiquement.

Pour la suite logique, nous prolongeons cette Scène par le Plan 06 — Merzouga et Erg Chebbi, qui reprend exactement là où s’achève le Todra et pousse la logique jusqu’aux dunes. Pour comprendre comment franchir l’Atlas par l’autre versant, on continue avec le Plan 04 — Haut Atlas. Et sur le sujet délicat de la couverture du véhicule sur ces pistes, notre carnet transverse Assurance et franchise répond à la plupart des questions qu’on nous pose par courrier.

— Fin du Plan 02. La poussière du Dadès reste encore dans la boîte à gants.

— Fin du Plan 02. La poussière du Dadès reste encore dans la boîte à gants.