Plan 03 · BOBINE III · Seychelles

CÔTE OUEST

les plages de Mahé
[ 01 : 38 : 00 — 01 : 48 : 00 ]
Voix off · Ouverture du plan

« Sur la côte ouest, la bonne plage est toujours celle qui suit — puis on s'arrête à la cinquième, et c'est la première qu'on aurait dû garder. »

Distance55 km Durée1 j VéhiculeCompacte Timecode[ 01 : 38 : 00 — 01 : 48 : 00 ] TournageNovembre MMXXV BobineBOBINE III

Ligne d'ombre nette d'un palmier incliné sur sable blanc à Anse Takamaka, composition minimale, fin de matinée

« Sur la côte ouest, la bonne plage est toujours celle qui suit — puis on s’arrête à la cinquième, et c’est la première qu’on aurait dû garder. »

Nous avions débarqué la veille du ferry de Praslin, repris une voiture à l’embarcadère — la même agence, la même petite Hyundai, le même employé francophone qui cette fois-ci nous a reconnus — et dormi une dernière nuit à Bel Ombre. L’avion pour Casablanca partait à vingt-deux heures ce même jour. Il nous restait dix heures et cent litres d’essence. Nous avons décidé d’en faire le plan le plus simple de toute la bobine : faire les plages de la côte ouest, dans l’ordre, du nord au sud, sans en sauter une seule. Sept plages, cinquante-cinq kilomètres, une demi-journée, un déjeuner. À la fin, la voiture à rendre à l’aéroport, les sacs au comptoir, et l’odeur de sel encore dans les cheveux.

§ 1 — Beau Vallon, honnêtement

Beau Vallon est la plage qu’on recommande trop, et qu’on finit par sous-estimer pour cette raison. Longue de trois kilomètres, large de trente mètres à marée basse, bordée d’hôtels et de restaurants, elle a tous les défauts qu’on reproche aux plages célèbres : beaucoup de monde, beaucoup de chaises longues, des vendeurs de jus de coco qui passent toutes les vingt minutes. Et pourtant. Quand on y va tôt — sept heures, huit heures — c’est peut-être la plus belle plage de Mahé. Le sable est fin, la pente douce, la baignade sans danger, le Morne Seychellois se découpe en arrière-plan avec une netteté de carte postale. À cette heure, seuls les joggeurs et les pêcheurs qui rentrent sont là. Les catamarans, au mouillage, n’ont pas encore commencé leur rotation.

Nous y avons commencé notre matinée. Un café au Boat House — quarante roupies, terrasse de bois, pieds dans le sable —, un premier bain, un œil sur la carte pour vérifier l’ordre des étapes suivantes. La règle que nous nous étions fixée : pas plus de quarante minutes par plage, arrêt aux sept, déjeuner entre la quatrième et la cinquième. Règle tenue à quelques minutes près.

§ 2 — Port Launay, le calme

À sept kilomètres au sud de Beau Vallon, en passant par Bel Ombre et en suivant la côte, on atteint Port Launay, qui est une baie plutôt qu’une plage — une eau vert pâle, très peu profonde, protégée par une pointe à l’ouest et par l’île Thérèse en face. La baignade y est sans vagues, parfaite pour les enfants, mais la vraie curiosité de Port Launay est la mangrove qui borde la partie nord de la plage, classée parc national marin. On peut y marcher une demi-heure sur un petit sentier planches, au milieu des racines échasses, et l’on voit parfois des hérons. C’est calme, c’est ombragé, c’est court. Quarante minutes suffisent.

Le parking de Port Launay est à l’ombre, gratuit, rarement plein. C’est un détail qui finit par compter quand on enchaîne sept plages.

§ 3 — Grande Anse et Petite Anse, avec prudence

À cinq kilomètres plus au sud, la route passe par Grande Anse — à ne pas confondre avec la Grande Anse de La Digue. C’est une plage spectaculaire, la plus longue de la côte ouest, presque un kilomètre de sable blanc et de vagues qui, selon la saison, vont du ressac paisible au rouleau sérieux. Nous y étions en novembre, entre deux régimes de vent ; la mer était haute mais pas méchante. Baignade déconseillée de mai à septembre, quand l’alizé de sud-est transforme la plage en piège — courants de retour puissants, noyades régulières. C’est une plage à regarder, alors, pas à nager.

Nous y avons passé vingt minutes. Quelques surfers locaux profitaient d’une belle série de vagues à l’extrémité nord. Le sable, ici, est plus grossier qu’à Beau Vallon — une blancheur presque sucrée, qui colle aux pieds mouillés et qu’on retrouve dans la voiture une semaine plus tard.

Juste après Grande Anse, Petite Anse, accessible par un petit chemin qui part du parking de l’hôtel Four Seasons (plage publique, comme toujours, mais il faut passer par le domaine de l’hôtel). C’est une crique plus protégée, plus courte, souvent déserte en semaine. L’accès est un peu compliqué — le personnel de l’hôtel ne fait pas obstacle mais ne facilite pas non plus. Nous y sommes allés, trente minutes, un bain rapide, une photo, repartis.

§ 4 — Déjeuner à Baie Lazare

À midi et demi, nous étions à Baie Lazare. C’est la plage où nous avions déjeuné deux jours plus tôt, au Plan 01, chez Chez Batista — et nous y sommes retournés. Poisson grillé du jour, riz au lait de coco, salade de papaye verte, bière seychelloise (la SeyBrew est honnête sans plus). Six cents roupies par personne, vue sur une plage que seuls dix convives partagent. La propriétaire nous a reconnus et a souri. « Vous étiez chez nous lundi, non ? » Oui, madame.

Baie Lazare mérite elle-même un arrêt de trente minutes. La plage est petite, bordée de takamakas dont les racines descendent jusqu’à l’eau, et se prolonge à droite par une zone de rochers de granit noir où l’on voit, à marée basse, des crabes de sable rouges qui sortent de leurs trous à chaque vague. C’est une plage à caractère — pas lisse, pas parfaite, mais on y reste.

Sur cinquante-cinq kilomètres de côte, quatre plages valent qu’on se déshabille, trois qu’on s’arrête sans sortir de la voiture, et une seule qu’on oublie — mais c’est toujours la mauvaise qu’on oublie.

§ 5 — Anse Soleil, la cachée

À deux kilomètres au sud de Baie Lazare, un petit panneau en bois sur la droite indique Anse Soleil. La route qui y mène fait cinq cents mètres, descend sec, se termine sur un parking grand comme trois voitures. Quand il est plein — et il l’est souvent — il faut repartir ou attendre. Nous avons eu de la chance : un couple repartait au moment où nous arrivions.

Anse Soleil est, selon nous, la plage à retenir de la côte ouest. Petite — cent mètres peut-être —, blottie entre deux pointes de granit noir, avec une eau très claire dans laquelle on voit des poissons dès qu’on a de l’eau à la taille. Un seul restaurant en arrière-plan, Anse Soleil Café, qui vend des boissons et des fruits. Pas d’hôtel, pas de catamaran, pas d’animation. Le petit parking dissuade, et c’est tant mieux. Nous y avons passé cinquante minutes — la seule entorse à notre règle.

C’est le genre de plage où l’on décide, avec cette légèreté qu’on a dans les rêves, qu’on reviendra dormir ici un jour. On sait en le disant qu’on ne reviendra probablement pas ; on le dit quand même, parce qu’il faut des promesses aux plages qui les méritent.

§ 6 — Anse Takamaka, la grande

Six kilomètres plus au sud, Anse Takamaka — la plus connue des plages du sud-ouest, souvent citée comme rivale d’Anse Lazio à Praslin. Elle est plus longue, plus peuplée, avec un restaurant réputé (Chez Batista Takamaka — oui, la famille tient deux adresses) et une route d’accès facile. Moins intime qu’Anse Soleil, mais plus spectaculaire : cocotiers inclinés à quarante-cinq degrés, rochers de granit sombre à l’est, sable blanc qui s’étend sur cinq cents mètres. La baignade est bonne, sauf quand les rouleaux viennent de loin — le bar-hôtel surveille, mais discrètement.

Nous y sommes restés trente minutes. Le ciel commençait à bleuir côté est, annonce d’une pluie brève et chaude de fin de journée qui n’est jamais venue. Les vieux palmiers d’Anse Takamaka ont cette qualité filmique rare : ils sont théâtraux sans être décoratifs, comme un décor naturel de film qui n’aurait pas besoin d’être repeint.

§ 7 — Anse Intendance, le point final

À six kilomètres encore, nous avons fini la boucle à Anse Intendance, au bout du sud-ouest, déjà entre deux pointes qui annoncent la côte est. C’est une plage longue, sauvage, grande, bordée d’un alignement de takamakas qui font dix mètres de haut et qui, vus en contre-jour de quatre heures de l’après-midi, ressemblent à des statues. La mer y est rude plus souvent qu’à son tour — il est rare qu’on s’y baigne sans vagues.

Le Banyan Tree possède une partie de la plage mais la plage est publique ; on y accède par le parking est de l’hôtel, petit, souvent plein. Nous nous y sommes garés, avons marché trois cents mètres dans le sable, regardé la mer, bu une dernière eau. Il était dix-sept heures. La lumière tombait vite ; c’était le signal.

§ 8 — Notes pratiques

Ordre des étapes. Nord vers sud est la bonne direction si l’on part de Beau Vallon le matin, parce que la lumière reste favorable toute la journée à l’ouest et que l’on termine près de l’aéroport. Dans le sens inverse, on prend le soleil dans les yeux sur la moitié du parcours.

Timing. Compter huit heures pour les sept plages, déjeuner compris. On peut réduire à six heures en sautant Grande Anse et Petite Anse (moins baignables). Partir de Beau Vallon à huit heures, être à Anse Intendance à seize heures.

Parking. Gratuit partout, mais petit à Anse Soleil (cinq places), petit à Petite Anse (dix places), grand à Beau Vallon, Port Launay, Takamaka, Intendance. En haute saison, il faut ruser à Anse Soleil — y aller avant onze heures ou après quinze heures.

Baignade. Bonne toute l’année à Beau Vallon, Port Launay, Anse Soleil, Baie Lazare, Anse Takamaka (avec prudence). Déconseillée de mai à septembre à Grande Anse et Anse Intendance — courants de retour, vagues de l’alizé.

Restauration. Chez Batista à Baie Lazare et à Takamaka (même famille, bon poisson), Anse Soleil Café (simple, juste), Boat House à Beau Vallon (thés et sandwichs). Prévoir 500 à 700 roupies par personne pour un déjeuner honorable.

Eau et ombre. Emporter deux litres d’eau par personne dans la voiture. Les plages ont peu d’ombre en dehors des takamakas, qui ne sont pas toujours bien placés. Un parasol léger est un confort qui change tout — l’hôtel en prête souvent un pour la journée.

Retour aéroport. La route depuis Anse Intendance passe par le sud (Anse Forbans, Anse Royale) puis remonte la côte est jusqu’à l’aéroport — compter quarante minutes de conduite. Avec embouteillages à Victoria : une heure. Prévoir la marge.

Ce Plan 03 est le complément naturel du Plan 01 — Mahé en voiture, trois jours, qui aborde la côte ouest en passant. Pour qui a plus d’une demi-journée et veut creuser le thème plage sur un autre terrain, les plages secrètes de la côte est de Maurice offrent un tout autre climat — plus français, plus sucrier, plus long à parcourir. Et pour planifier sa venue, il faut consulter le carnet meilleure saison pays par pays, qui détaille les alizés seychellois mois par mois — parce que la bonne plage, à Mahé, dépend du vent qu’il faisait trois semaines avant votre arrivée.

— Fin du Plan 03. Fin de la Bobine III. L’avion pour Casablanca part ce soir.

— Fin du Plan 03. Fin de la Bobine III. L'avion pour Casablanca part ce soir.