Plan 02 · BOBINE III · Seychelles

PRASLIN & LA DIGUE

sans voiture
[ 01 : 28 : 00 — 01 : 38 : 00 ]
Voix off · Ouverture du plan

« Il y a une élégance, parfois, à rendre les clés avant le quai — on monte à bord, on ne conduit plus, c'est un autre film. »

Distance40 km Durée3 j VéhiculeAucun — vélo, taxi, bateau Timecode[ 01 : 28 : 00 — 01 : 38 : 00 ] TournageNovembre MMXXV BobineBOBINE III

Vélo bleu appuyé contre un gros rocher de granit rose sur La Digue, panier en osier, sable blanc au sol, filtre de lumière de canopée

« Il y a une élégance, parfois, à rendre les clés avant le quai — on monte à bord, on ne conduit plus, c’est un autre film. »

Nous avons rendu la voiture à sept heures du matin, à l’embarcadère de Cat Cocos, à Mahé. L’employé du parking nous a souri poliment, comme on sourit aux gens qui font une chose sensée mais inhabituelle. Les autres voyageurs débarquaient de leurs véhicules, sacs à roulettes claquant sur le bitume, et regardaient le ferry de huit heures avec l’œil légèrement inquiet de ceux qui ne savent pas encore comment, dans une heure, ils vont se déplacer sur l’île d’en face. Nous, nous avions déjà fait le choix. C’est de ce choix que parle ce plan.

Ce carnet s’appelle Cap Soleil, et Cap Soleil est un blog de road trip. Écrire un article pour expliquer qu’on peut — qu’on doit, même — se passer de voiture sur deux des trois îles principales des Seychelles est donc, à première vue, un paradoxe éditorial. Nous l’assumons : la voix d’un carnet de route a d’autant plus de valeur qu’elle sait dire, de temps en temps, ici, la voiture n’est pas la bonne réponse. Nous prenons aussi les vélos et les bateaux quand c’est mieux. Sur Praslin et La Digue, c’est mieux.

§ 1 — Pourquoi pas de voiture

Louer une voiture sur Praslin est possible. Une petite agence locale vous la livre au quai de Baie Sainte-Anne pour 600 roupies par jour — un peu moins cher qu’à Mahé, parce que l’île est plus petite et l’offre plus rare. Nous avons failli le faire. Nous avons demandé à deux hôteliers, à un taxi, à une vendeuse du marché. Tous nous ont répondu la même chose, avec des variantes de politesse : « Vous pouvez, mais pourquoi ? »

Praslin fait douze kilomètres de long. Sa route principale trace un demi-huit qui fait le tour de l’île en quarante minutes, bouchons compris. Les distances entre les points d’intérêt sont de l’ordre de deux à six kilomètres — quinze minutes en voiture, mais vingt minutes en taxi, et quarante-cinq à pied. Sur une île où vous passerez quatre-vingts pour cent de votre temps sur la plage, dans la forêt de la Vallée de Mai ou en bateau vers Curieuse et Saint-Pierre, les kilomètres que vous ferez au volant se comptent sur les doigts d’une main. Pour cela, vous paierez une voiture une journée entière, vous la garerez sur des parkings sablonneux sans ombre, et vous boirez au volant une eau devenue chaude. Le jeu n’en vaut pas la chandelle.

Sur La Digue, la question ne se pose même pas. L’île compte peut-être vingt voitures — des taxis officiels, deux ou trois véhicules de livraison, une ambulance. Le reste, c’est du vélo. Quatre mille habitants, cinq mille vélos, voilà la statistique qu’on nous a donnée (peut-être exagérée, sans doute vraie). Louer une voiture à La Digue n’est pas seulement absurde : c’est socialement étrange, comme arriver à Venise avec sa propre gondole.

Le premier argument est donc pratique : ça ne sert à rien. Le second est plus intéressant, et c’est celui que nous défendons vraiment ici. On voyage mieux sur une île lente à la vitesse de l’île. Les Seychelles ont inventé un rythme particulier, fait de marches pieds nus, de bateaux partagés, de vélos qui vous laissent le temps de sentir le vent dans les palmiers. Louer une voiture, c’est importer à Praslin le rythme de Mahé, et à La Digue le rythme de Praslin. C’est rouler trop vite sur une île qui a trouvé sa vitesse bien avant vous.

§ 2 — Praslin en taxi et à pied

Le ferry de Mahé à Praslin met une heure. Cat Cocos et Inter-Island Ferry alternent plusieurs départs par jour entre six heures et seize heures, aller simple à environ 75 euros, catamaran climatisé, mer souvent plate (mais parfois non — prendre une pilule contre le mal de mer si l’on est sensible). On débarque à Baie Sainte-Anne, sur la côte est. Un peloton de taxis attend — comptoir officiel, prix affichés, pas de négociation. C’est là que l’on prend le premier taxi et qu’on se fait déposer à l’hôtel.

Nous avions choisi Anse Volbert, sur la côte nord, à six kilomètres du quai. Le taxi nous a demandé 500 roupies — environ 32 euros. Cher pour la distance, bon marché pour la commodité. L’alternative est le SPTC, le bus public, qui fait le tour de l’île pour 7 roupies par trajet (45 centimes d’euro). Il passe toutes les trente minutes environ, il s’arrête partout, il est lent, il est fiable. Nous l’avons pris trois fois pendant notre séjour, et chaque fois c’était une leçon de géographie locale : les chauffeurs klaxonnent à chaque courbe pour annoncer le virage au trafic d’en face, les passagers montent avec des sacs de fruits, de poissons, de ciment.

Depuis Anse Volbert, deux destinations se visitent à pied ou en taxi court. La Vallée de Mai, forêt primaire classée UNESCO, est à vingt minutes de taxi (300 roupies dans un sens). On y marche deux à trois heures sous une canopée de palmiers géants — les célèbres coco-de-mer, dont la noix ressemble de façon troublante à un bassin féminin, ce qui n’a échappé à aucun botaniste depuis le XVIIIᵉ siècle. Entrée 450 roupies. À faire le matin, avant onze heures, pour la lumière et les oiseaux — notamment le perroquet noir endémique, qu’on entend plus qu’on ne voit.

Anse Lazio, plus au nord, est peut-être la plus belle plage de l’archipel — rochers de granit rose, eau vert-turquoise, sable qui crisse. Elle est à quinze minutes de taxi de Volbert, 400 roupies, sans bus direct. Nous y avons passé l’après-midi, deux heures à l’eau, une heure dans le sable, et sommes rentrés au coucher du soleil dans un taxi partagé avec un couple suisse qui avait, eux, loué une voiture et le regrettait — ils n’avaient pas trouvé à se garer, et avaient dû la laisser à huit cents mètres de la plage sur un bas-côté.

Anse Georgette, à l’ouest, appartient techniquement à l’hôtel Constance Lémuria mais la plage est publique. On y accède à pied depuis le parking de Lémuria — quarante minutes de marche facile à travers le golf de l’hôtel — ou, selon les jours, en demandant poliment à la réception. Nous y sommes allés ; c’était vide, c’était beau, c’était fatigant. C’est la récompense de la marche.

Deux jours à Praslin suffisent pour voir l’essentiel. Sans voiture, vous aurez dépensé en taxis environ 3 000 roupies en deux jours (200 euros) pour quatre personnes — moins cher qu’une voiture de location à 600 roupies, parkings et essence compris, et surtout infiniment plus reposant.

§ 3 — La Digue à vélo

Sentier de forêt vers une anse cachée sur La Digue, racines de takamaka, lumière verte filtrée, sable au fond du cadre

Le ferry de Praslin à La Digue met quinze minutes. Trois compagnies, un départ toutes les deux heures environ, 15 euros l’aller simple. On débarque à La Passe, seul village de l’île. À vingt mètres du quai, une rangée de loueurs de vélos — chaque famille du village semble avoir sa petite entreprise, avec ses propres couleurs de panier et sa propre méthode pour vous faire choisir un vélo. Prix uniforme, ou presque : 150 roupies par jour, 10 euros. Pas de caution. Pas de papiers. « Rendez-le ce soir avant six heures, ou demain matin. Bonne journée. » C’est comme cela qu’on vous remet la clé d’une île.

LOUEUR DE VÉLO · V.O.

« Le vélo, vous l’attachez pas. Personne prend un vélo à La Digue. Vous le laissez devant la plage, il y sera quand vous reviendrez. »

Nous avons commencé par Anse Source d’Argent, qui est sans doute la plage la plus photographiée du monde — celle qu’on voit sur les calendriers, sur les fonds d’écran, sur les publicités pour les parfums. Pour l’atteindre, il faut passer par L’Union Estate, une ancienne plantation de vanille devenue réserve touristique, 100 roupies l’entrée. Le vélo reste au parking d’entrée ; la suite se fait à pied, dix minutes dans une allée de cocotiers, devant une tortue, deux tortues, trois tortues (elles sont partout), et puis ce sont les premiers rochers de granit rose arrondis, et c’est exactement ce que vous aviez vu sur le calendrier — sauf qu’en vrai, il y a trois cents autres personnes qui prennent exactement la même photo.

Le conseil est simple : il faut venir tôt, ou il faut venir tard. À sept heures du matin, avant que la plantation n’ouvre (l’entrée officielle est à neuf heures mais le gardien arrive souvent plus tôt et vous laissera entrer), la plage est vide. À seize heures, quand les excursions d’une journée sont reparties sur Praslin, elle se vide à nouveau. Entre onze heures et quinze heures, c’est une brochure touristique en réel, et l’on n’y a pas sa place.

Anse Coco, Grande Anse, Petite Anse — trois plages au sud-est de l’île, reliées entre elles par un sentier forestier. On y accède en vélo depuis La Passe — trente minutes par la route asphaltée jusqu’au parking du sentier, puis vingt minutes à pied. Ces trois plages sont, selon nous, encore plus belles que Source d’Argent, et infiniment moins fréquentées — parce qu’elles demandent un effort, et qu’elles n’ont pas de coco-de-mer. Grande Anse est vaste, battue par les vagues, parfois dangereuse à la baignade (courants de retour). Petite Anse est un refuge, dix minutes de marche de plus, eaux calmes en fin de journée. Anse Coco, encore quinze minutes au-delà, est la récompense — la dernière plage, la plus secrète, trois couples et un pêcheur qui rentre à la rame.

Le vélo, à La Digue, est à la fois un moyen de transport et un mode d’être. On pédale à huit kilomètres à l’heure, on croise des vieilles dames en robe fleurie, des enfants en uniforme d’école, des chiens qui ne regardent pas la route. Aucun bruit de moteur sur des kilomètres — ou presque ; un taxi de temps en temps, un camion de livraison rare. Le soir, on rend le vélo au loueur, on paie les 150 roupies, on serre la main, on rentre à pied à l’hôtel.

Nous avons dormi à La Digue deux nuits. Les guesthouses familiales vont de 80 à 150 euros la chambre selon la saison. L’hôtel Le Domaine de L’Orangeraie, plus haut de gamme, est une référence locale — nous n’y avons pas dormi mais on y a bu un café, et on y reviendrait pour y dormir.

§ 4 — Notes pratiques

Ferries Mahé — Praslin. Cat Cocos et Inter-Island Ferry. Environ six départs par jour, 75 euros aller simple, 140 euros aller-retour. Réservation en ligne recommandée en haute saison (juillet-août et décembre-janvier). Mer habituellement calme le matin, plus agitée l’après-midi. Une pilule contre le mal de mer est prudente pour les sensibles — le catamaran bouge peu mais il bouge.

Ferries Praslin — La Digue. Départs toutes les deux heures environ, 15 euros l’aller. Ne pas confondre avec les excursions d’une journée qui partent de Mahé et font la rotation — moins commodes si l’on veut dormir sur La Digue.

Taxis à Praslin. Prix officiels affichés au quai et aux hôtels. Négociation non coutumière. Compter 300 à 600 roupies par trajet selon la distance. Les taxis partagés sont rares mais existent — demander à l’hôtel.

Bus SPTC. Fonctionne à Mahé et Praslin. Pas sur La Digue. 7 roupies le trajet. Horaires approximatifs, fréquence correcte. On paie au chauffeur en montant. Les arrêts sont peu signalés — il suffit de se tenir au bord de la route et de lever la main.

Vélos à La Digue. 150 roupies par jour, pas de caution, pas de contrat. On les rend dans la journée ou le lendemain matin. Vérifier les freins avant de partir — certains vélos sont vieux. Casques rares et non obligatoires. Vitesse dérisoire de toute façon.

Bagages. À La Digue, les hôtels envoient souvent un chariot électrique au quai chercher vos valises. Demander à la réservation. Sinon, roulez votre valise dans le sable ; c’est possible mais pénible.

Ce plan est le pendant honnête du Plan 01 — Mahé en voiture, qui défend, lui, la location d’une compacte sur la grande île. Les deux plans s’assemblent : Mahé au volant, Praslin et La Digue sans. Pour la suite de la côte ouest de Mahé, on consultera le Plan 03 — Plages de la côte ouest, que l’on fera idéalement au retour du ferry, avant le vol du soir. Et pour une comparaison avec un tout autre régime de conduite — celui des routes de montagne et des cirques — il faut passer à la route des Cirques à La Réunion, où l’on conduit pour le plaisir de conduire, et où la voiture, cette fois, est une vraie question.

— Fin du Plan 02. Retour bateau vers Mahé, 16 h 30.

— Fin du Plan 02. Retour bateau vers Mahé, 16 h 30.