Plan 01 · BOBINE I · Maurice

TOUR DE L'ÎLE

en quatre jours
[ 00 : 00 : 00 — 00 : 10 : 00 ]
Voix off · Ouverture du plan

« Maurice, pour nous, a commencé par un retard d'avion et une Yaris blanche qui sentait le monoï bon marché — c'est ainsi qu'on entre dans les îles. »

Distance420 km Durée4 j VéhiculeCompacte ou SUV Timecode[ 00 : 00 : 00 — 00 : 10 : 00 ] TournageSeptembre MMXXV BobineBOBINE I

Voix off — Ouverture du plan

« Maurice, pour nous, a commencé par un retard d’avion et une Yaris blanche qui sentait le monoï bon marché — c’est ainsi qu’on entre dans les îles. »

Façade coloniale créole de Port-Louis à volets fermés en plein midi, ombre dure sur le trottoir, pas de passants

Nous avions prévu d’arriver à l’aube et de dormir sur la côte ouest. Nous sommes arrivés à onze heures du matin, éreintés, avec une voiture qui n’était pas celle qu’on nous avait promise et un tarif que nous avons accepté sans discuter parce que la chaleur tombait sur le parking de SSR comme une couverture chaude. C’est ainsi que commence Maurice, presque toujours : par un petit renoncement à l’organisation. Le reste de ce plan, nous l’avons dessiné au volant, jour après jour, feuille de route à la main, en corrigeant à mesure. Quatre cent vingt kilomètres, quatre jours, un tour d’île qui nous a paru long en heures et court en distances.

Avant de partir : Maurice se conduit à gauche, les limitations sont basses (80 km/h sur les grandes routes, 50 en ville, 110 sur la M1 et la M2), et l’essence coûtait Rs 74 le litre à notre passage. Les autoroutes M1/M2 relient le nord au sud en une heure — c’est l’épine dorsale rapide. Tout le reste est secondaire, et tout le plaisir est dans le secondaire.

Jour 1 — Port-Louis, puis Flic-en-Flac

Nous avons commencé par Port-Louis, parce qu’il faut commencer par une ville — même quand on vient pour les plages. La capitale mauricienne ne ressemble à aucune autre ville de l’océan Indien : elle est plus créole que Saint-Denis, plus indienne que Victoria, plus chinoise qu’on ne s’y attend. Nous avons garé la voiture au parking du Caudan (Rs 40 l’heure) et marché jusqu’au marché central, Queen Street, à pied, en dix minutes.

Le marché se visite avant onze heures, pas après. Passé midi, la chaleur rend les allées impraticables et les vendeurs somnolent. Nous y avons acheté deux verres d’alouda — la boisson rose au tokmaria qu’on boit vite, au comptoir — puis un cornet de samoussas à la porte sud. Rs 25 les quatre. L’homme qui les vendait nous a dit qu’il était là depuis trente-six ans, sans expression particulière, comme on constate qu’il pleut.

Port-Louis ne se visite pas, elle se remonte — on y entre par le port, on y sort par les collines du Pouce.

De retour au parking, nous avons pris la M1 direction sud, sorti la voiture de l’autoroute à Petite Rivière, et rejoint Flic-en-Flac par la côte : une heure à peine, trente kilomètres, le lagon à droite, les montagnes à gauche. Flic-en-Flac est un bourg balnéaire mi-mauricien mi-touristique ; nous n’y avons pas dormi, mais nous y avons pris le premier bain, plage publique, en fin d’après-midi, quand la lumière rase les filaos et qu’il reste juste assez de monde pour qu’on n’ait pas l’impression d’être seuls pour rien.

Nuit à Tamarin, vingt minutes plus au sud, dans une maison d’hôtes créole à trois chambres — pas le nom qui compte, mais le principe : préférer une maison tenue par un couple qui vit sur place à un petit hôtel anonyme. Rs 3 200 la chambre, petit déjeuner compris, vue sur la rivière.

Jour 2 — Tamarin, Le Morne, la côte sud

Au matin, nous avons roulé vers Le Morne. Trente-cinq kilomètres, quarante-cinq minutes par la B9, cette route que nous recommandons à tout le monde : elle contourne la baie de Tamarin, longe le lagon de La Gaulette, et débouche sur la silhouette noire du Morne Brabant exactement au moment où l’on cesse d’y penser. Nous l’avons vue émerger de la brume de mer à 8 h 40. La caméra, nous l’aurions voulue là.

Lagon du Morne vu depuis une route latérale, basalte sombre du mont en arrière-plan, cocotiers inclinés par l'alizé

Le Morne n’est pas une plage, c’est une montagne qui regarde une plage. Nous avons laissé la voiture sur le parking public de la Pointe Sud (gratuit, ombragé aux deux tiers) et marché le long du lagon pendant une heure. L’eau est turquoise sans nuance, le sable est blanc sans nuance, et c’est précisément cet excès qui rend Le Morne difficile à photographier : il n’y a rien à moduler. On s’y assoit et on laisse le vent faire.

Midi à La Gaulette, dans un restaurant que nous ne nommerons pas — la règle est de laisser ces adresses respirer. Plat de poisson grillé (vivaneau) aux ourites, riz créole, Rs 450. La patronne nous a dit que les vieux marins de la baie ne mangent plus là, mais elle l’a dit avec gentillesse. Nous avons compris pourquoi : les vieux marins ne mangent plus.

L’après-midi, nous avons pris la B9 vers l’est, direction Chamarel sans s’y arrêter (nous y reviendrions pour le Plan 02), puis redescendu vers Bel Ombre et la côte sud. C’est la portion que nous avons préférée : 54 km en 1 h 15 à travers les champs de canne, les villages de Chamouny et de Chemin Grenier, un arrêt à Baie du Cap pour regarder les falaises de basalte qui tombent dans la mer. Pas de parking officiel, une petite aire sablonneuse en bord de route, suffisante pour deux voitures.

Nuit à Souillac, village de pêche. Pension familiale, Rs 2 800, pas de climatisation, ventilateur au plafond, draps blancs.

Jour 3 — Souillac, Mahébourg, côte est

Souillac se lève tôt. À six heures, les pêcheurs du Rochester étaient déjà revenus ; nous avons acheté deux vielles à un homme qui nous les a vendues pour Rs 180 — il ne les voulait plus, elles étaient trop petites pour son marché. Nous les avons données à la patronne de la pension, qui les a préparées pour son déjeuner à elle. Il y a des échanges, à Maurice, qu’on ne peut pas facturer.

De Souillac à Mahébourg, nous avons roulé par la B8, route côtière qui passe par Le Gris Gris (falaises, jardin public, point de vue sur l’océan sans lagon — l’une des rares fenêtres du sud où la mer ne s’apaise pas) et Blue Bay. Distance : 42 km ; durée : 1 h 10 avec les arrêts.

Mahébourg est une petite ville modeste à laquelle on passe souvent trop vite. Elle mérite deux heures. Le musée naval (Rs 100) raconte l’histoire de la bataille franco-anglaise de 1810 avec une sobriété qu’on ne trouve pas toujours dans les musées coloniaux. Le front de mer est long, ombré, tenu. On peut y déjeuner de dholl puri pour Rs 35 — la meilleure affaire alimentaire de l’île, probablement.

La côte est, de Pointe d’Esny à Poste Lafayette

De Mahébourg, nous avons remonté la côte est par la B28 puis la Route de la Poudre d’Or. C’est ici que le tour de l’île change de nature. Le vent tourne, la végétation épaissit, les villages s’écartent de la route — Grand Sable, Trou d’Eau Douce, Poste Lafayette. Nous avons roulé 67 kilomètres dans l’après-midi, lentement, avec un arrêt à Palmar pour regarder la mer nous rappeler qu’elle existe.

Station-service isolée de la côte est, enseigne décolorée par le sel, un seul pompiste en chemisette, après-midi

Nous nous sommes arrêtés pour faire le plein dans une station-service isolée, entre Poste de Flacq et Roches Noires, que nous n’avons pas retrouvée sur Google Maps trois semaines plus tard. Rs 74 le litre, plein à Rs 2 800, un pompiste seul, deux chiens couchés à l’ombre de la pompe. Il nous a dit de faire attention à la route du lendemain : « La B15, après cinq heures, ce n’est pas une route, c’est un couloir de chauves-souris. » Nous l’avons cru.

UN POMPISTE, ROCHES NOIRES · V.O.

La B15, après cinq heures, ce n’est pas une route, c’est un couloir de chauves-souris. Roulez droit, ne freinez pas brusque, elles traversent à la lune.

Nuit à Poste Lafayette, bungalow au bord du lagon, Rs 3 400. Le vent s’est levé à vingt heures, et il n’est pas retombé avant l’aube.

Jour 4 — Retour par le plateau central

Le dernier jour est le plus court et le plus étrange. Nous avons remonté encore un peu vers le nord jusqu’à Roches Noires, puis coupé plein ouest par la B15, direction Quartier Militaire et le plateau central. C’est une route qu’on ne prend jamais quand on vient à Maurice pour ses plages, et qui pourtant dit quelque chose d’essentiel sur l’île : le plateau est un autre pays, plus frais (21° à midi), plus pluvieux, cultivé. Les cannes à sucre remplacent les filaos, les nuages se posent bas sur Curepipe, les rues de Vacoas-Phoenix ressemblent à n’importe quel bourg d’une banlieue tropicale — et c’est ce qui les rend précieuses.

Nous avons déjeuné à Curepipe, dans un petit gargote chinois derrière la mairie : mine frit, poulet haka, Rs 320 pour deux. L’adresse n’a pas d’enseigne lisible de la rue. Nous y retournerons.

Étape Distance Durée réelle
Aéroport → Port-Louis 48 km 55 min (M1)
Port-Louis → Flic-en-Flac 32 km 45 min
Flic-en-Flac → Tamarin 12 km 20 min
Tamarin → Le Morne 35 km 45 min
Le Morne → Souillac 54 km 1 h 15
Souillac → Mahébourg 42 km 1 h 10
Mahébourg → Poste Lafayette 67 km 1 h 50
Poste Lafayette → Curepipe 55 km 1 h 25
Curepipe → Aéroport 22 km 30 min
Total roulé 367 km 8 h 55

Les 420 km annoncés incluent les allers-retours sur les routes de traverse — les arrêts, les erreurs de chemin, les retours sur ses pas. C’est le compteur réel, pas celui du GPS.

Notes pratiques

Louer la voiture. Nous recommandons un petit loueur local plutôt qu’un comptoir international — tarifs plus honnêtes (Rs 1 000 à 1 400 par jour pour une compacte, contre Rs 2 500 chez les grands noms), et surtout un interlocuteur unique en cas de pépin. Réserver deux à quatre jours avant suffit hors saison haute.

Conduire à gauche. La première heure est attentive, la deuxième est mécanique. Les ronds-points se prennent dans le sens anti-horaire (la priorité est à droite, comme partout dans le monde britannique). La seule vraie difficulté est le dépassement sur la M1 à l’heure de pointe — évitez 7 h 30–9 h et 16 h 30–18 h autour de Port-Louis.

Essence. Stations nombreuses sur la M1/M2 et à proximité des gros bourgs. Plus rares sur la côte est entre Belle Mare et Poste Lafayette — faire le plein avant de s’engager dans la portion si on y passe en fin de journée.

Argent. Roupies mauriciennes partout. Carte acceptée dans les restaurants et hôtels, cash pour les marchés, les petits gargotes, les parkings. Un distributeur à Mahébourg (SBM, près du front de mer), un à Flic-en-Flac, plusieurs à Grand Baie.

Ce plan en lien avec les suivants. Le tour de l’île est un cadrage d’ensemble. Pour creuser le sud, voir le Plan 02 — Route du thé et terres des sept couleurs ; pour ralentir sur l’est, voir le Plan 03 — Plages secrètes de la côte est. Et quand Maurice est finie, l’île-sœur nous attend : Tour de l’île de La Réunion en 5 jours, que nous avons tourné la semaine suivante.

— Fin du Plan 01. La route recommence à l’aéroport, demain.

— Fin du Plan 01. La route recommence à l'aéroport, demain.